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Accueil > Liste des reportages > Exploration du patrimoine de l’abbaye de Bonne-Espérance
La Focale Alternative a reçu l’invitation d’explorer cette abbaye. Une expédition remplie de surprises.
Je vous invite à consulter les ARCHIVES photographiques de ce lieu.
Patrimoine extraordinaire de Wallonie depuis 1993.
Avant de rentrer dans l’historique et les faits marquants de ce lieu, il convient de poser un petit mot en guise d’introduction. L’abbaye de Bonne-Espérance est un endroit rempli de charme et d’histoire. Reconnu comme Patrimoine exceptionnel de Wallonie, l’abbaye est soutenue via une reconnaissance légale. L’endroit n’est plus habité par les chanoines et l’ordre n’est plus depuis la mort du dernier moine aux alentours de 1850. A l’heure actuelle, l’endroit abrite un collège.
Malgré la prestance des lieux et de la restauration d’une partie (pour l’instant), ceux-ci sont vétustes. La peinture s’écaille, l’église semble sortir d’un autre temps et un certain désordre règne dans certaines parties tel un grenier oublié. Les peintures narrant la vie de Saint-Norbert ont besoin d’une restauration indéniable.
Je ne peux pas terminer cette introduction sur cette note et cela pour de multiples raisons. L’Abbaye de Bonne-Espérance est un lieu grandiose qui renferme une richesse historique exceptionnelle. Les lieux sont remplis de magie et la beauté du savoir-faire religieux est toujours d’actualité. Je ne peux qu’espérer que l’abbaye continuera son périple pour resplendir de nouveau.
Guillaume de Croix est le fils d’un certain Raynard de Croix, seigneur de Croix-lez-Rouveroy. Guillaume est séduit par les idées hérétiques de Tanchelin. Norbert de Xanten, fondateur de l’ordre des Prémontrés, arrive à le détourner de ce chemin. En remerciement à ce geste, Raynard offre à la communauté des Prémontrés une partie de ses terres en 1126.
Le chanoine Odon de Laon est chargé de diriger la communauté. Après avoir expérimenté deux endroits trop ingrats entre Merbes et Peissant, Odon de Laon la déplace sur le site de Veillereille-les-Brayeux. Les causes des deux déplacements seraient dû à un manque d’eau potable et l’instabilité du terrain. L’abbaye de Bonne-Espérance voit le jour sur le site actuel vers 1130.
L’origine du nom est partagé entre plusieurs hypothèses. Deux se dégagent clairement. Selon la première, les chanoines, heureux d’avoir trouvé un endroit adéquat, baptisent l’endroit « Bona Spes » dit bonne espérance. La seconde privilégie qu’il existait à cet endroit, bien avant l’implantation de la communauté, un culte dédié à Notre-Dame de Bonne-Espérance. L’origine de l’appellation reste donc obscure.
Le frère Philippe de Harveng est une personnalité incontournable de l’abbaye du XIIe siècle. Érudit et intellectuel, l’homme est l’auteur d’œuvres importantes. Il s’inscrit dans le mouvement de réveil des études sacrées de l’époque. Suite à un conflit qui l’oppose à Saint-Bernard, réformateur des cisterciens, il est condamné et exilé en 1148. Innocenté trois années plus tard, il réintègre l’Abbaye et devient abbé en 1158 jusqu’en 1183. Philippe de Harveng participera à la prospérité économique de l’abbaye de Bonne-Espérance et suite à son érudition, il lèguera des œuvres et des travaux importants sur la compréhension de la vie religieuse au XIIe siècle.
Suite aux travaux de Philippe de Harveng et de l’existence de manuscrits inestimables, on devine que l’abbaye a été un centre intellectuel de bonne tenue et le siège d’un scriptorium actif.
A la constitution de l’ordre, il n’est pas certain que Norbert de Xanten, dit Saint-Norbert, ait voulu que le service des paroisses soit un objectif des moines établis à Bonne-Espérance. Toutefois dès 1161, l’abbaye va recevoir le patronage de cures et les membres de la communauté vont aller au service de la population. Ils ne vivent donc pas en total reculement par rapport à la population ce qui laisse supposer que cette main tendue vers le peuple « sauvera » l’abbaye lors de la Révolution française. Le chanoine curé (celui qui va dans les paroisses au sein de la population) devait rentrer dans l’enclos abbatial si son abbé le décidait. Même dans sa cure, le chanoine devait évidemment obéissance à son chef et respecter ses engagements : un train de vie sobre, alimentation simple, jeune et abstinence. Il était tenu de résider strictement dans sa paroisse et chaque année, il devait faire une retraite à l’abbaye. Ce mode de vie entre abbaye et vie au sein des villages prouvent l’investissement des chanoines dans le monde qui les entourait.

Pour vivre et prospérer, une abbaye doit disposer de revenus et au moyen âge, ceux-ci sont générés par le travail de la terre. Il est donc très important de constituer un domaine à rentabiliser. En deux siècles, par des dons et acquisitions, les moines vont réunir l’essentiel du patrimoine immobilier dispersé sur Leugnies, Mignault, Familleureux, Courcelles, Seneffe et en France. Dans un premier temps et jusqu’au XIVe siècle, des frères convers l’exploiteront. Plus tard, il sera donné à bail à des fermiers.
Le développement économique du XIIe et XIIIe siècles est important. La communauté de chanoines acquiert des milliers d’hectares. Au XVIIIe siècle, on dénombre 4700 hectares de terres que possèdent Bonne-Espérance !
L’enclos abbatial est installé sur le territoire de Vellereille-les-Brayeux, ce qui signifie humide, boueux. L’eau est très présente et plusieurs étangs fournissent du poisson aux Prémontrés.
Des constructions de l’époque romane, les connaissances sont maigres sauf que l’église est commencée en 1132 et achevée en 1212. L’époque gothique apporte beaucoup plus d’informations mais également des vestiges encore existants : le cloître et la salle capitulaire.
Le Corridor est de plan carré, il est la base essentielle de l’abbaye. Pour la petite information, le carré symbolise la vie terrestre car il a un commencement et une fin, contrairement à la symbolique du cercle évoquant l’aspect céleste. La cour est l’intérieur du carré dont les côtés sont le Corridor. Autour de celui-ci s’articulent l’église, la salle du chapitre, cuisine, réfectoire. Le cloître (qui est cette cour intérieure) est l’élément important de l’abbaye dans la mesure où les moines le parcourent plusieurs fois par jour pour accéder aux locaux qui le bordent. Ils l’arpentent pour leur méditation. Trois ailes du cloître sont élevées à la fin du XIIIe siècle par l’abbé Adam de Cousolre. Son successeur construira la salle du chapitre (qui existe toujours), un nouveau dortoir à l’étage. Il édifiera un moulin, des étables et des remises disparus aujourd’hui.
La salle capitulaire a un rôle important dans la vie d’une abbaye. Salle de réunion communautaire, chaque matin, l’Abbé y lit et commente un chapitre de la règle. Les moines y pratiquent aussi le rite de la coulpe (la punition des fautes monastiques, confession des moines). Cette salle est bâtie au XIIIe siècle mais sera revue entre le XVe et XVIe. A l’origine, elle était de forme carré véhiculant la symbolique expliquée plus haut. Elle perdra sa forme originelle au XVIIIe.
Trois églises seront construites à l’emplacement de l’actuelle basilique. La première dont aucune trace ne subsiste sera détruite en 1132. En 1274, une abbatiale aux dimensions de cathédrale est entreprise mais sera la proie des flammes en 1568. De nombreuses traces gothiques de la seconde église demeurent toujours à l’heure actuelle dont des éléments du transept et du collatéral nord par exemple. La tour bâtie au XVIe est le vestige le plus éloquent.
Au XVIIIe siècle, l’abbaye fera l’objet d’une reconstitution considérable. Les locaux gothiques importants (cloître, chapitre, cuisine,…) seront conservés tout en les intégrant à un habillage nouveau menée par des architectes hennuyers.
L’église sera reconstruite sur les plans de Laurent-Benoît Dewez, architecte très en vue dans les Pays-Bas méridionaux à la fin du XVIIIe. Il s’inspirera évidemment de la mode néo-classique qu’il a apprise lors de sa formation en Italie. Pratiquement tout le mobilier date de cette époque à l’exception de la statue de Notre-Dame de Bonne-Espérance qui est construite en 1350.
Sculptée dans la pierre d’Avsnes, la statue fait 110 cm de haut. Elle est taillée vers 1350 dans le nord de la France. Elle représente la Vierge couronnée allaitant l’enfant. Les différentes couleurs remontent à 1904. Ce vestige est l’objet d’une dévotion depuis plus de 6 siècles par les princes anciens ou les paysans. De nombreux miracles lui sont attribués. La statue sera cachée durant la tourmente révolutionnaire qui a atteint la Belgique.
La signification traduit la théologie à l’époque gothique basée d’avantage sur l’humanité que sur le caractère divin du Christ. La Vierge y est reine car couronnée, souriante et sereine. Le christ est un bambin et non un adulte en miniature.
Le manuscrit que renferme l’abbaye du Speculum maius de Vincent Beauvais date du XVIe siècle. Dominicain né en 1190, il compilera une quantité de savoirs dans cet ouvrage, sorte de grande encyclopédie médiévale. Le speculum maius est divisé en quatre parties abordant des sujets divers : les connaissances de la nature (création, animaux, végétaux, couleurs, métaux,…), les questions de droit, d’économie politique, de logique, la jurisprudence pénale, l’histoire du monde depuis la création en passant par Babylone pour arriver en 1250. Il y étudie également les vices, pêchés et défauts de l’homme.
L’abbaye de Bonne-Espérance abrite également le décret de Gratien, moine italien. C’est une œuvre collective de compilation de l’essentiel des textes juridiques canoniques à l’époque. Ce travail s’inscrit dans la redécouverte du droit romain dans le nord de l’Italie aux XIe et XIIe siècles. Cet ouvrage est capital et fait autorité en droit canon jusqu’en 1917 !
Je remercie Monsieur Vael de la Société royale d’archéologie, d’histoire et de paléontologie de Charleroi pour m’avoir permis de réaliser ce reportage photographique. Je le remercie également pour la réalisation de la majeure partie du reportage écrit. Si vous désirez obtenir des informations complémentaires, contactez-nous pour recevoir l’Email de Monsieur Vael.
La grande majorité des notes historiques m’ont été également fournies par Monsieur Vael.
La Société royale d’archéologie, d’histoire et de paléontologie de Charleroi organise des excursions très intéressantes sur l’histoire de notre patrimoine. L’objectif est de permettre de poser un autre regard sur les lieux exceptionnels de Belgique. C’est de cette manière que la Focale Alternative a pu prendre des photos des manuscrits anciens, des appartements de l’Abbé ainsi qu’à de nombreux lieux de l’Abbaye interdits au public. Si vous désirez obtenir des informations sur les excursions, contactez-nous.
Je remercie également Monsieur Servais pour sa disponibilité et son enthousiasme ainsi que pour les accès exceptionnels et la lecture des manuscrits anciens. Vous pouvez consulter ou contacter le Collège de Bonne-Espérance.
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Il est vrai qu’avec la version 2.0 le résultat est surprenant.
Bonne Espérance est vraiment superbe !
je veux dire photographiée de cette façon.
Bravo pour ton travail et bonne continuation!
Je te remercie Giorgio de tes encouragements. Je te promets que cette nouvelle version du site permet une meilleure navigation par rapport à l’ancien.
Des nouveautés sont mises en marche et des projets à court terme sont en phase de lancement.
Merci encore !
Splendide !
Un patrimoine religieux dont certaines parties dépérissent malheureusement.
[...] autour des vestiges de l’ancienne abbaye cistercienne du Val-Benoît que le lieu d’édification sera choisi. Il sera programmé de [...]