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Manifeste  » From Here On ?  » ou la nouvelle culture photo ? : partie 4

L’expansion que prend Internet dans notre réseau créatif est indéniable. Télécharger, copier, coller, scanner et ensuite imprimer sont devenus des actions simples faisant partie de la vie de tous les jours. Dans un autre registre que la photographie, l’exemple est tel que dans l’industrie du téléphone, le smartphone de la compagnie Windows est critiqué car il n’intègre pas l’aspect copier/coller. Pour vous dire, oh combien, ces habitudes informatiques sont devenues des mécanismes de vie.

Thomas Mailaender / Manifeste « From here on » / Arles

Les Rencontres Photographiques d’Arles 2011 ont mis l’accent cette année sur ces aspects où même la notion d’appartenance d’une image n’existe plus, où copier/coller/prendre sans demander pour recréer est devenu monnaie courante,… C’est dans ce bain bouillant de millions d’images qu’est né le Manifeste : « From Here On » (A partir de maintenant).

Manifeste d’un concept

Manifeste « From here On » / Arles 2011

5 commissaires d’exposition, 36 photographes à qui ce concept donne le nom pompeux d’Acteurs de la seconde révolution numérique. C’est en ces termes que m’attendait  l’exposition à l’atelier mécanique expo n°20 aux Rencontres Photographiques d’Arles.

La genèse de ce travail part du constat que l’extrême échange qui s’est établi au fil du temps entre l’art et la culture populaire. La réappropriation d’objet comme le Dada, Pop Art ont éprouvé le principe même de la réappropriation d’un objet pour le transformer en autre chose. Le pas semble donc facile à réaliser : Est-ce que la réappropriation d’une photographie pour la transformer en autre création fait-elle partie d’un acte artistique ?

La question tournant autour de la photographie reste le droit d’auteur. Ce Manifeste met l’accent sur les dérive de la réappropriation et le culte omniprésent des images à portée de main. Dans un monde où le pouvoir virtuel de la mise en ligne de nos images est fort, comment garder les droits sur une photographie qui n’est plus un objet réel mais bien un ensemble de pixel complètement virtuel et ouvert à tout le monde ?

« From Here On » veut mettre l’accent la révolution d’Internet au même titre que l’essor des procédés d’impression photomécaniques dans les années 1910-1920 qui a favorisé l’apparition du photomontage.

Deux facteurs semblent renforcer le terme d’appropriation digitale :

  1. L’hyperaccessibilité aux images des autres qui sont pour nous de véritables inconnus.
  2. La banalisation de l’appropriation des images via « Enregistrer sous… », Google Images, le « télécharger » de facebook ou des réseaux sociaux par exemple. Pour aller plus loin, même Google Earth ou Google Maps se sont vus utilisés comme nouvelles ressources artistiques.

Ces deux points précédents offrent une dévalorisation pour l’auteur mais propose un nouveau terreau construit autour de :

  1. L’appropriation d’images qu’offre Internet très facilement
  2. L’édition
  3. La transformation, le déplacement, l’ajout,…
  4. La réinterprétation des images d’origine.

« Et si on suicidait nous-mêmes les auteurs ? Quelqu’un a-t-il une corde ? »

L’exposition met en avant un point essentiel qui est celui de la valorisation des amateurs tout en faisant dépérir l’image du véritable auteur. Cette conclusion qui est banale finalement touche de plus en plus des secteurs très divers comme le photojournalisme par exemple (pourquoi envoyer des photographes alors que nous pouvons avoir des images d’une catastrophe en directe grâce au téléphone portable ?).

Je trouve que le Manifeste met en avant un point qui me semble essentiel et dans lequel je me sens concerné. Le sens profond des « artistes » montrés à cette exposition n’est plus de montrer comme des héros les professionnels qui ont un savoir-faire mais bien la mise en avant des passionnés qui pratique leur passion avec force.

Je trouve que le paragraphe précédent est vraiment fort dans sa maturation philosophique. Il suffit de regarder un peu tous les photographes que l’on retrouve sur le web, ceux qui ont un compte « pro »sur Flickr, les artistes qui ne se seraient peut-être pas lancés dans une activité secondaire photographique si le numérique n’existait pas. Il suffit de voir les magazines de qualité en ligne ou les podcasts qui supplantent les radios Fm par exemple.

Cela est d’autant plus véridique quand on voit des photographies papier d’artistes confirmés qui battent des records lors d’enchères et que les photographes utilisant le web ne sont même pas pris en compte par la pseudo-élite des arts de l’image. Le fossé se creuse dans les arts entre ceux qui sont confirmés et font partie de la sphère de l’élite et tous les autres.

Aram Bartholl / Map, Good Time Public Art Festival, Taipei, Taiwan, 2010

Quelques exemples que l’on trouve à l’exposition

  • Aram Bartholl : Il met en scène dans la réalité le principe d’onglet que l’on retrouve sur Google Maps et Earth.
  • Nancy Bean : Elle a mis une caméra au cou de son chat et prend des photographies ou des petites séquences filmées. Série : « Cat Cam ».
  • Martin Crawl : Série mettant en scène un légo dans des anciennes photographies en arrière plan.
  • Cum* : Série vidéo qui met en scène des filles qui dansent dans leur salon. « Girls / Room / Dance ».
  • Constant Dullaart : Performance vidéo où l’auteur se filme avec une pancarte ovale où il est inscrit DVD. Il veut reproduire l’économiseur d’écran d’un dvd.
  • ect…

Sous une autre vision de « From Here On »

Après un grand tapage autour de ce manifeste qui se veut révolutionnaire mettant au coeur de la créativité des images réutilisées sur le net sur le net par des artistes, je ne peux que dire une chose : mais qu’est-ce que c’est que cette bêtise ? Même si un aspect existe, pourquoi encenser l’art du copier/coller de Google Images ?

Alors, j’arrête tout de suite, ceux qui me montreront du doigt en philosophant sur l’art (« Peut-on dire qu’un concept artistique est bon, beau ou laid ? » par exemple) ou en me disant que je fais un procès d’intention injustifié, je leur répondrai : « From Here On« , c’est une masturbation conceptuelle comme on en retrouve autour des film de « grands auteurs » lors du festival de Cannes. « Quel chef d’oeuvre ! », « Quel génie ! », « Quelle vision futuriste d’un art en devenir ! »…

Je simplifierai ce Manifeste en une phrase. « From Here On« , c’est un acte artistique où l’artiste va sur Google images, prend l’image, la retravaille avec d’autres images ou la fait entrer dans un concept grossier mais pensé au préalable. Le Manifeste dit ceci :

Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un oeil, un cerveau, un appareil photo, un téléphone, un ordinateur, un scanner, un point de vie.

Je trouve cette exposition clairement fainéante face à de nombreux photographes inconnus plein de talent. Les commissaires ne sont pas nés de la dernière pluie et ils s’attendaient à ce que leur bébé soit mal perçu. Tout est marqué dans le Manifeste même un soupçon de défense face à la critique.

Nous créons plus que jamais, parce que nos ressources sont illimitées et nos possibilités infinies.

Autre analyse de « From Here On »

Je pourrais continuer ma réflexion mais je vous invite à lire de manière minutieuse un blog que j’affectionne particulièrement et qui propose une véritable réflexion autour de cette exposition qui pour ma part est plus que mitigée… : Le blog Littérature 2.0

De Gunthert / Salle d’exposition / Arles

Les différentes parties proposées dans ce dossier sur « Les Rencontres d’Arles 2011 »

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Les 42ème Rencontres Photographiques d’Arles – Introduction

Rencontres photographiques d'Arles / Chloé de cours-photographie.fr

Depuis quelques années, j’avais envie de découvrir ce festival où l’image est au centre des préoccupations. Entre une cinquantaine d’expositions, de conférences, de « festivals Off » (festivals alternatifs qui gravitent autour des Rencontres comme Voies Off par exemple), stages ou partages de portefolios, Arles est devenue en dix ans la ville où l’image se transmet entre juin et septembre.

Le dossier que je vais me permettre de vous proposer est composé de plusieurs parties. Il est évident que je ne saurai pas être exhaustif car la multitude des expositions, activités et rencontres de photographes sont légion d’une part mais, d’autre part,  mes coups de coeur restent personnels. Pour en savoir plus et de manière plus détaillée, je vous invite à consulter le site officiel.

J’aimerais mettre l’accent sur plusieurs points et vous proposer un panel assez varié qui provient d’une perception subjective tout en essayant de balayer les « grands » thèmes de ces Rencontres 2011.

Le premier article traitera de la mise en avant de la photographie contemporaine mexicaine. Vous (re)découvrirez le travail incontournable du doyen Enrique Metinides, le travail satirique de Dulce Pinzon ainsi que la néo-bourgeoisie mexicaine mise en image par Daniela Rossel. J’essaierai de terminer sur le travail déroutant et bouleversant de la position de la femme sur la frontière mexicaine avec le regard de Maya Goded.

Le second article sera en lien avec le précédent car il abordera le miracle de la valise dite mexicaine. Ce sont plus de 4500 négatifs que l’on croyait définitivement perdus qui refont surface en proposant une nouvelle vision de la guerre d’Espagne par Robert Capa, David Seymour et Guera Taro qui sont entrés dans le panthéon photographique et précurseur d’un nouveau photojournalisme.

C’est sur un fond de trentième anniversaire que l’exposition du New York Times Magazine m’a littéralement passionné. C’est d’une main de maître que Kathy Ryan (directrice de la photo de l’hebdo depuis 25 ans) retrace les grands moments du magazine à travers de grands thèmes comme le 11 septembre ou le Koweit. Plus qu’une simple mise en avant, l’exposition m’a permis de comprendre pourquoi le « NYTM » était différent grâce à la force et au choix de ses images.

Comment ne pas aborder l’exposition déroutante  » From Here On ?  » Cette exposition réunit 36 personnes considérées comme les concepteurs numériques de demain. Autour d’un manifeste où Internet, vie privée, droits d’auteur est en combat perpétuel, les commissaires de cette exposition veulent interroger l’infinie possibilité créatrice que peut procurer Internet. Cette quatrième partie veut proposer une réflexion autour de la possible future photographie de demain.

L’article suivant proposera quelques expositions que j’ai appréciées comme le Collectif Tendance Floue pour ne citer qu’eux. Cet avant-dernier regard sera un pot pourri de coups de coeur personnels.

La dernière partie se veut multimédia pour en découvrir d’avantage sur cette édition des 42ème Rencontres Photographiques d’Arles. Entre émissions radios téléchargeables et documentaires vidéos, j’essaierai de vous proposer une compilation de petits suppléments intéressants.

Les différentes parties proposées dans ce dossier sur « Les Rencontres d’Arles 2011 »