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Accueil > Liste des reportages > L’immeuble des pianos « De Heug » – l’art du piano à Charleroi
Arpentant la salle des essais de pianos, je me surprends à entendre les notes virevolter malgré l’abandon malsain des lieux. Après d’innombrables squats, celui-ci est entièrement vide mais les portes fracturées sont le témoignage de visiteurs indésirables.
Un bruit me fait sortir de ma torpeur, j’entends la porte du rez-de-chaussée grincer et mon accompagnateur crier : « Tout va bien Monsieur ? »
Je reprends mon exploration teintée d’admiration et de peur.
Je n’ai pu accéder qu’au dernier étage : l’auditorium. Les autres étages sont saccagés et flairent les restes d’anciens squats. Je ne m’y suis pas aventuré. Mon objectif premier était la photographie du septième étage.
La cage d’escalier ressemble fortement à la Résidence Albert située à l’avenue Meurée de Marcinelle. Les inscriptions d’époque sont encore présentes au dernier étage.
Bien que la cage d’escalier soit exigüe, chaque palier entre les étages donne un sentiment d’espace. Les coupoles proposent une vue sur la gare de Charleroi ainsi que son canal. Malgré la crasse sur les fenêtres, je peux apercevoir les péniches voguer.
Les débris, l’odeur et l’atmosphère malsain des 6 premiers étages me ramènent à la réalité.
Les façades, toitures et la cage d’escalier sont classés depuis le 23 mars 1995 et inscrit sur la liste de l’IPW depuis 2003.
Le bâtiment sera construit à Charleroi en 1934. Il servira de siège social à la fabrique de pianos « De Heug », célèbre dans toute la région mais également dans le monde. L’immeuble est de style Modernisme. Il est de conception très moderne pour Charleroi à cette époque. La firme va donc demander à l’architecte Marcel Leborgne de faire les plans. Il est sans conteste un des joyaux de l’architecture moderniste de Charleroi.
L’immeuble est un immeuble d’angle à appartements avec rez-de-chaussée commercial, et dernier étage consacré initialement à l’essai de pianos.
Le programme précis pensé par Marcel Leborgne était celui-ci : un rez-de-chaussée commercial et l’entresol aménagés en duplex sont destinés au commerce, les trois étages suivants à des appartements modernes, un étage à usage de studios pour les professeurs de piano et le dernier comme auditorium privé.
La rotonde en verre que l’on retrouve à chaque palier rend la cage d’escalier très lumineuse. Cela devait être d’une beauté sans nom à l’époque où la fabrique de piano De Heug était encore présente.
Une firme aux produits modernes, un architecte moderne, un immeuble moderniste complètement innovateur dans le paysage carolorégien. Tous les ingrédients sont présents pour faire de la société « De Heug » une image novatrice mais également prospère.
Ces pianos sont construits à Marcinelle et seront largement distribués en Wallonie. En 1905, la firme « De Heug » obtiendra une médaille de bronze lors de l’exposition internationale de Liège. Les instruments qui représenteront la firme seront les gros pianos droits de style moderne. Ils seront les faire valoir de la firme durant son âge d’or.
En 1924, bien que les ateliers de fabrication et les bureaux sont situés à Marcinelle, la salle d’exposition et les ventes se font à la place du sud (actuellement Place Albert Ier) à Charleroi. Le siège de Charleroi déménagera sur le quai de Brabant dans un immeuble complètement novateur moderniste dessiné par Marcel Leborgne.
Marcel Leborgne est un grand défenseur, et cela dès les premières heures, du principe de l’immeuble d’appartements. La difficulté de l’époque est de convaincre la bourgeoisie de Charleroi. Mais les nouvelles préoccupations sociales ainsi que le déclin de la prospérité de la région vont être les précurseurs dans les manières d’habiter. L’architecte sera également le réalisateur de la célèbre Maternité Reine Astrid de Charleroi ainsi que de la Cité de l’Enfance à Marcinelle pour ne citer qu’eux.
Le bâtiment présente actuellement sept niveaux d’appartements dont un rez-de-chaussée commercial. Il est composé d’une structure en béton avec des parements de plaques de marbre. De grandes baies vitrées à châssis métalliques éclairent chaque étage en épousant la courbe du bâtiment et une immense verrière semi-cylindrique orne ce dernier sur toute sa hauteur.
Pour le moment, il est totalement inhabité et dans un sale état. Un projet de relance connu sous le nom de « projet Rive gauche » devrait dans les années à venir lui redonner une seconde vie.
Seul l’avenir nous le dira…
Je remercie Monsieur Eric Massin de m’avoir permis de réaliser ce reportage. Je remercie également Madame Nathalie Botteman d’avoir pris contact avec moi dans la sympathie et la bonne humeur.
Je n’oublie pas Monsieur Van Haverbleck pour sa patience et sa vigilance lors de mon reportage.
Quelques informations ont été tirées de : « Vivre aujourd’hui dans un intérieur d’autrefois, à Charleroi » Anne-Catherine Bioul, Namur (Etudes et Documents, Monuments et sites), 2004.
Un site internet très complet sur l’œuvre de l’architecte Marcel Leborgne.
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