La valise mexicaine de Robert Capa

L’International Center of Photography (ICP) à New york expose jusqu’au 9 janvier 2011 le contenu de la Valise Mexicaine. Retour sur cette découverte photographique.

Le 22 octobre 2010 étaient dévoilées pour la première fois une partie des 4500 photosprises par Robert Capa, David Seymour et Gerda Taro (compagne de Capa à cette époque). Ces photographies avaient disparu en 1939 pour ne réapparaître qu’en 2007. Les négatifs étaient très bien préservés par le climat chaud et sec du Mexique. Un hasard chanceux, il en convient !

Valeur totalement historique, ces valises sont avant tout le témoignage des horreurs de la guerre d’Espagne : les batailles de Madrid, la défense de Barcelone, l’exode forcé des miliciens vers les camps d’internement en France,… Ces photographies sont l’héritage secret qui permet de percevoir concrètement le travail de ces trois photographes qui ont risqué leur peau en étant au coeur des horreurs commises par les guerres.

Journalistes de guerre

Robert Capa, David Seymour et Gera Taro sont les précurseurs, les initiateurs du « reportage moderne de guerre« . Au coeur de l’action, ils en sont morts pour deux d’entre eux. En 1954, Robert Capa est décédé durant la guerre d’Indochine en sautant sur une mine. Gera Taro est écrasée par un char lors de la guerre d’Espagne. Suivant l’adage de Capa :  » Si une photo n’est pas bonne, c’est que vous n’êtes pas assez prêt « , c’est un réel héritage historique et photographique que ces trois valises apportent à l’heure actuelle.

Héritage et perception

La découverte de ce patrimoine est immense car il permet aux passionnés de photos de restituer dans son contexte les photographies qui ont fait la Une des grands quotidiens de cette époque. Les photographies emblématiques sont remises dans leur contexte. Cela engendre une meilleure perception des choix établis par ces 3 photographes. Les pellicules permettent de voir l’envers du décor en proposant une sorte de making of sur le travail journalistique effectué.

L’émotion montrée par ces photographes est grande. Les exemples sont nombreux comme cette femme enceinte allaitant sous les bombes ou ces enfants observant l’entrainement des troupes communistes cachés dans les arbres. Les pellicules ont permis également de remettre en scène l’action de ces photographes au coeur de l’horreur. Ils ont donné leur vie pour témoigner de l’atrocité de la guerre d’Espagne. Ils y ont laissé une part d’eux-mêmes.

La découverte de ces valises et le scan des négatifs ont provoqué une grande déception en remarquant que la photographie la plus célèbre de Robert Capa n’y figurait pas : celle du milicien républicain mourant sous les balles des soldats fascistes. En effet, une polémique est née autour de cette photographie. Certains disaient qu’elle était truquée et que ce témoignage n’était qu’un montage réalisé par Capa. Le voile sombre est toujours de mise et la polémique de cette photo n’exclut en rien le génie et le courage de Robert Capa dans son métier de photojournaliste centré sur la condition humaine.

Le voyage des valises

Plus qu’un voyage, c’est une véritable saga miraculeuse qui a amené à la découverte des 3 valises mexicaines. Robert Capa, David Seymour et Gerda Taro étaient des immigrés juifs. Entre 1936 et 1939, nos trois compères ont aménagé ces valises pour recevoir des films. Robert Capa avait ajouté des photos personnelles et sentimentales prises à Paris en 1935 par Fred Stein .

Lorsque les troupes allemandes entrèrent dans Paris en 1939, Robert Capa fuit la ville pour rejoindre New-York. Il confia les précieuses valises au responsable de sa chambre noire. Celui-ci les emporta de Paris dans son voyage à vélo vers Bordeaux (!) où il espérait atteindre le Mexique par bateau. A Bordeaux, il confia les valises photographiques à un chilien qui partit vers le Mexique. La suite du voyage reste un véritable mystère.

Le frère de Robert Capa les a recherché durant plus de 60 ans. Il semblerait que les valises furent données à un ancien compagnon de lutte de Pancho Villa : le général Francisco Aguilar Gonzalez.

Des années plus tard, le réalisateur mexicain Benjamin Tarver retrouva les valises dans la succession du général. Il attendit longuement avant de les envoyer mais il se décida en 2007 de rendre cet héritage à Cornell Capa âgé de 89 ans à cette époque. Celui-ci décéda l’année qui suivit cette découverte.

Une exposition est organisée à New-York  et laisserait présager une exposition aux Rencontres Photographiques d’Arles en 2011.

Pour aller plus loin

La valise mexicaine : une histoire inachevée

Le site du New York Times propose de visionner les négatifs

13 réflexions sur « La valise mexicaine de Robert Capa »

  1. Quelle chance d’avoir retrouvé ce trésor ! inestimable ! notamment de voir l’enchainement des photos et la façon de travailler…
    Il y a d’ailleurs une série de DVD d’Arte appelés « Contacts » sur ce principe

  2. Oui tu as raison Vincent. Tiens je ne connaissais pas cette série sur Arte. Je ferai une recherche là-dessus tiens ! Un grand merci pour ta visite et ta découverte sur les dvd 🙂

  3. Je te remercie pour ta visite Johanna ainsi que de ton commentaire. Repasse ici quand tu le souhaites, tu y seras toujours bien accueillie 🙂
    Content que cet article te plaise. Le travail de Capa et Seymour est superbe je trouve. Cela donne une réelle démarche au photojournalisme qui manque à mes yeux lorsque j’ouvre la presse papier actuellement.

  4. Ils étaient investis corps et âmes. Ca les a perdu pour certains. La postérité parle pour eux.
    Je suis bien d’accord, que ce qu’on lit dans la presse aujourd’hui est absolument nul en rapport à la réalité. Mais dans la presse rien ne sera cohérent sans un billet qui colle, c’est à dire que si l’article ne suit pas, les photos de la réalité ne seront pas publiées. Tout est formaté, comme une partie de notre matos.

    Désolé pour le côté morbide, mais elle est superbe l’histoire du frère qui décède une année après que les films soient retrouvés! Une quête d’une vie.

  5. Je n’aurais pas trouvé des mots plus justes. C’est la quête d’une vie comme tu le dis si bien et c’est un autre journalisme qui est proposé par cette valise.

  6. C ‘est d’autant plus extrordinaire lorsque l ‘on reconnaît sur les clichés de Gerda Taro notre père agé de 18 ans
    sur une moto au Paso de Navcerrada .Une légende affirme qu’il s’agit de Gustavo Duran ! Il se trouve que ce dernier était Colonnel .Un officier occupant un poste de subalterne me parait incohérent. Les estafettes en moto
    risquaient à tout moments de se faire tuer en faisant les navettes du front au C.G des officiers.

    J’ai plusieurs fois envoyé des photos d’identités de notre père au rencontres d’Arles pour apporter des informations
    sur la photo anonyme de Gerda Tara ,car une lègende indique qu’il s’agit d’un soldat Républicain inconnu.
    Notre père était Madrilène engagé à 18 ans comme estafette dans la Brigade Lister.La photo à été prise à 50 km
    au Nord-Ouest de Madrid lors de la bataille de la Granja en 1937 .

    A ce jour je n’ai pas eu de réponses de leur part ?

  7. Ton histoire est vraiment touchante et ce témoignage prend vraiment son sens face à cette exposition. Merci beaucoup Juan pour ton message 🙂

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