Archives de catégorie : Réflexions

Réflexions, confidences, jugements et questionnements autour de la photographie

Construire un outil en papier autour de la règle f/16

La technicité de la photographie est un frein lorsque l’on s’enferme dans une pratique où le lien « matériel-règles » est omniprésent. La règle du f/16 est la fondation qui soutient des démarches. Pas l’inverse.

L’outil pédagogique en papier. Simple et précis.

Avant de commencer, il est important de souligner deux aspects au niveau de ce billet :

  • La petite réglette en papier est un outil pédagogique. Avec le temps vous vous en détacherez doucement. Ne pas être esclave de l’outil est primordial. Faire fonctionner sa tête est plus important.
  • Argentique / numérique : cela importe peu (ce ne sont que des outils au service d’une démarche).
  • Je pars du postulat que vous avez une connaissance de cette règle du  f/16. Nous n’entrerons donc pas dans une explication détaillée   de la théorie. Il existe de nombreux sites qui font cela mieux que moi (voir les liens à la fin de l’article).
  • Disclamer (voir la fin de l’article).

–> Télécharger la réglette en français 

Introduction

L’outil est construit à partir de la fameuse « sunny f16 rule« . Pour illustrer les quelques exemples, nous partirons du principe que je travaille avec une pellicule de 100 iso. Dans des conditions idéales, la règle (qui sera notre base de travail) stipule :

« A 100 iso, pendant une journée ensoleillée, j’opte pour une vitesse de 1/100 avec une ouverture de f16. »

Bon, on va tout de suite éliminer certaines questions trop centrées sur des détails liés à du matériel. Quand on travaille avec certains appareils argentiques, la vitesse de 1/100 n’est pas proposée. Ce n’est pas bien grave, je prends la vitesse la plus proche qui est de 1/125. L’effet sur une pellicule n’est pas grave car elle peut encaisser de grosses différences sans sourciller. Imaginez la différence entre 1/100 et 1/125 –> c’est peanuts !

Maintenant que cela est dit, on peut enfin commencer.

La réglette et son fonctionnement

La réglette permet de donner en fonction de l’évaluation du temps et de votre pellicule les différents couples vitesse-ouverture du diaphragme. Cela est assez pratique et pédagogique dans une pratique quotidienne.

Je vais illustrer la réglette avec un exemple en partant de la règle f16 avec une pellicule de 100 iso et la journée est ensoleillée.  Que nous dit la réglette ?

EXEMPLE 1

Il est d’abord important en fonction de vos observations du temps de placer 100 iso sur EV15 qui signifie « Plein soleil (règle du f/16) –> flèche verte. On regarde en bas les couples « ouverture-vitesse d’obturation ». Dans cette configuration, c’est le couple f/16 + 1/125 en vitesse qui est donné.

Sur cette illustration, la réglette est en anglais (voir site de l’auteur plus bas). Un pdf avec la mise à jour en français est disponible dans les liens ci-dessous également.

Dans une observation plus poussée, on remarque la réglette propose d’autres couples équivalents. Ceux-ci sont proposés en fonction des choix que vous poserez en terme de vitesse ou de profondeur de champs. Quels sont ces couples ?

  1. F/22 + 1/60
  2. F/16 + 1/125
  3. F/8 + 1/500
  4. F/5.6 + 1/1000

Tous ces couples sont donc bons en terme de lumière.

EXEMPLE 2 

Nous sommes toujours avec notre pellicule de 100 iso. Par contre, en observant le temps, nous voyons qu’il fait lumineux mais le ciel est couvert par des nuages. La lumière est diffuse et le sujet ne provoque pas d’ombre nettement visible.

Après observation de ma lumière, je prends ma réglette et je place mes 100 iso sur EV 13 « Sujet dans une lumière diffuse ». Que me dit l’outil F/16 ?

L’observation du temps avec notre pellicule de 100 iso est que les sujets sont dans une lumière diffuse. Cela signifie que le ciel est rempli d’un tapis de nuage dont les ombres sont à peine visible.

Différents couples vitesse d’obturation et ouverture sont proposés en bas.

  1. F/22 + 15
  2. F/16 + 30
  3. F/11 + 60
  4. F/8 + 125
  5. F/5.6 + 250
  6. F/4 + 500
  7. F/2.8 + 1000

Vous choisirez en fonction de ce que vous recherchez soit en profondeur de champs soit en vitesse. Vous restez donc maître de ce que vous voulez en fonction de votre démarche photographique.

UTILISATION 3

En continuant d’observer l’image de l’exemple 2, la réglette peut également être utilisée en fonction d’un couple vitesse-ouverture de votre choix avec une certaine pellicule.

Pour EV13 le couple est de f/4 + 1/500 mais si vous désirez garder ce couple pour EV11 (votre sujet est dans la pénombre), la réglette vous dit que vous êtes obligés d’avoir une pellicule de 400 iso (ou de régler votre appareil numérique sur 400 iso).

Conclusion

Cette réglette est entrée dans ma pratique quotidienne depuis longtemps et c’est un outil fantastique ! Gratuit, écologique et pédagogique, cet outil m’a permis de réfléchir pleinement à la lumière lorsque je photographie.

Je terminerai par insister que seule la démarche photographique est la priorité. La réflexion est primordiale. Le photographe doit rester le maître de son matériel et pas l’inverse.


 Disclaimer : l’outil proposé n’est pas une invention de ma part. Il provient d’un auteur inconnu dont le site est en anglais. J’ai essayé maintes fois de le contacter pour obtenir son autorisation de traduction mais je n’ai à l’heure actuelle reçu aucune réponse de sa part. Etant donné que cette réglette est très pratique, je me permets de la partager et d’en donner une explication française détaillée.


LIENS pour aller plus loin

La chimie Polaroid n&b : constatations personnelles (partie 9)

Depuis la renaissance de Polaroid par le biais d’Impossible Project en 2008, l’évolutions des chimies est indéniable mais qu’en est-il réellement dans ma pratique quotidienne ?

La marque Impossible Project a laissé la place à Polaroid Originals

Avant de me lancer dans un avis purement subjectif et non scientifique, il convient de préciser que je n’ai pas la formation, les études ou le bagage d’un spécialiste sur le sujet. Mon avis relèvera donc de l’une ou l’autre constatation que j’ai pu relevées lors de ma pratique personnelle.

Des exemples valent mieux qu’un long discours

La chimie n&b sera le point sur lequel je me centrerai. Je n’ai pas remarqué ce type de soucis pour le moment avec la chimie qui privilégie la couleur (il y a d’autres problèmes avec la couleur mais je n’en parlerai pas dans ce billet. Cela viendra ultérieurement).

Comme tous les Polaroid, la manipulation est fragile et le rendu peut devenir incertain dans certains packages. Voici deux exemples concrets où la chimie a bavé sur la photographie.

Je me suis posé beaucoup de questions concernant cet « halo » jaunâtre qui descend du haut vers le bas en forme circulaire mais je pense avoir décelé trois hypothèses.

Il est important de souligner quatre éléments :

  • j’ai manipulé tous mes Polaroid de la même manière. Ils devraient donc avoir tous cette marque désagréable mais ce n’est pas le cas.
  • tous les Polaroid de la même boîte n’ont pas cette marque malgré une manipulation identique. Vous pouvez consulter tous les Polaroid sur ce lien.
  • les marques n’étaient pas présentes après développement et visualisation quelques jours plus tard.
  • les packs provenaient d’Amazon et pas directement de la société Polaroid Originals

Hypothèses :

  1. Cet halo est apparu lorsque j’ai scanné mes Polaroid. La pression du scanner a engendré un contact chimique qui a laissé cette marque.
  2. La lumière produite par le scanner a provoqué cet « écoulement ».
  3. Certains Polaroid de la boîte étaient « défectueux ».
Une marque jaunâtre est apparue
On voit clairement cet effet dans le haut de l’image

Il est évidement que cette surprise est assez désagréable dans la démarche que je voulais apporter à cette ébauche de série en construction.

Au vu du prix des composants (2€ le cliché), cela est une très mauvaise surprise.

Je terminerai par dire qu’un Polaroid n’est pas une image numérique et que j’ai totalement conscience qu’une chimie continue de travailler, d’évoluer de manière organique. Il est également évident que les Polaroid possèdent cette part de hasard qui apporte un charme à ce procédé mais je reste songeur face à ce phénomène désagréable.

Je partagerai l’évolution de mes observations et de mes interrogations si celles-ci me semblent pertinentes. Je vous laisse donc seul juge de la conclusion pour le moment.


Dossier et réflexions autour de Polaroid

 

 

 

Des essais dans la récupération du transparent d’un Polaroid (partie 8)

La possibilité de création offerte par l’utilisation d’un Polaroid dans une démarche photographique est immense. Travailler avec le transparent en fait partie.  Cette manipulation est très simple mais qu’en est-il dans la pratique ?

Lorsque l’on prend conscience de l’infinité des chemins créatifs qu’offre la manipulation d’un Polaroid, il arrivera un moment où le transfert de transparent ou d’émulsion se mettra sur votre chemin.

Je n’aborderai pas ici la démarche photographique et la maturation d’un projet. Je resterai très terre à terre et proposerai un partage de mon expérience par l’essai et erreur.

Le concept

On peut obtenir un transparent avec pratiquement tous les films Polaroid originals,  et/ou Impossible Project. Par contre, les films Instax fonctionnent différemment.

Je pourrai écrire une longue procédure illustrée mais il existe beaucoup d’exemples accessibles facilement sur Internet. Avant de partager mes essais-erreurs, je vous mets en lien la vidéo sur laquelle je me suis basé pour comprendre ce concept et vous permettre d’aborder la promesse de son potentiel.

Partage de mon expérience

Avant de me lancer, je tenais à préciser que je ne suis pas encore arrivé au résultat du décollement final où le transparent est exploitable (Mise à jour : j’ai réussi –> voir fin de l’article)

Mon premier essai a été désastreux dans la direction que je désirais prendre. En effet, l’émulsion ne s’est pas détachée de manière homogène. Cela a détruit la photographie d’origine mais a donné naissance à une reconstruction visuelle.

Note pour plus tard, cela serait intéressant  d’exploiter ce décollement approximatif dans un autre projet.

L’émulsion ne s’est pas détachée de manière homogène lorsque j’ai voulu ouvrir le Polaroid. La photographie était récente car elle a été prise 10 minutes avant l’ouverture.

En faisant quelques recherches sur Internet et dans des livres, j’ai consulté le bouquin « Le grand livre du Polaroid » par Rhiannon Adam. Un chapitre assez court aborde justement ce principe de décollement à la p.96 et 97 sous l’appellation de « Transfert de transparent ou d’émulsion« .

« … Réglez le sèche-cheveux sur une chaleur douce et placez-le à moins de 10 cm de la surface de la photo. Ainsi, la distribution de la chaleur sera homogène et la formation de bulles évitée…. »

Evidemment, cette pratique me permet de faire le lien avec la vidéo postée au-dessus car il n’est mentionné nulle part (il est également possible que je sois passé à côté de l’information) qu’un sèche-cheveux est utilisé pour un décollement optimal.

Mes essais ultérieurs n’ont pas donné ce que j’attendais en terme de résultat. L’analyse me permet de dire que le décollement de l’émulsion s’est faite de manière très simple sans déformer la photographie ou étirer l’émulsion sous la pression. C’est donc une bonne avancée dans ce que je vise.

Par contre, des traces blanches (chimies) sont collées sur l’émulsion à certains endroits. Cela est peut-être dû au fait que je n’ai pas assez chauffé le Polaroid.

On peut constater le résidu chimique blanc qui est collé à certains endroits. Peut-être n’ai-je pas assez chauffé le Polaroid lors de cet essai ?

J’essaie donc d’atteindre un certain résultat mais les essais-erreurs font partie de l’apprentissage pratique du médium photographique. C’est tout à fait normal et enrichissant au final.

Découpage des bords de quelques millimètres pour permettre le décollement.
Par transparence, le résultat est ce que je recherche. Par contre, des tâches blanches sont présentes car je n’ai pas assez chauffé l’émulsion du Polaroid.
La transparence du Polaroid sur une fenêtre me permet d’entrevoir un travail sur la superposition de la réalité avec la photographie réalisée. La chimie malheureusement présente.

Nettoyage de la chimie

Pour terminer ces premiers essais, je me suis dit que j’allais essayer de gratter les résidus blancs collants avec un pinceau. Cela a fonctionné jusqu’à un certain point. Des résidus se sont bien détachés mais la partie basse de la substance blanche est toujours accrochée à l’émulsion.

J’ai décidé de mouiller mon pinceau avec de l’eau chaude. Cela a fonctionné mais :

  1. Un excès d’eau a décollé l’image, a décroché , étiré et a troué l’émulsion.
  2. Les blocs avec la chimie blanche se sont désagrégés mais cela a eu un effet secondaire –> cette manipulation a éparpillé un voile blanc sur la photographie.
Le grattage des résidus chimiques fonctionnent jusqu’à un certain point. L’utilisation de l’eau aide à enlever les résidus mais crée un voile blanc. Un excès d’eau a troué mon émulsion et/ou l’a déformé à certains endroits. On peut le remarquer sur l’image ci-dessus.

Conclusion

Pour le moment, je continue à chercher une solution viable pour atteindre l’objectif que je recherche. C’est dans les essais et les erreurs que l’on apprend le mieux. La pratique et l’analyse sont des bons professeurs. Gardez donc cela en tête lors de votre apprentissage photographique !

Mise à jour du 19 mars 2018 : réussite de la procédure + explications

Il m’a fallu des essais pour arriver à ce que je recherchais. Comme énoncé plus haut, les essais et les erreurs ont réussi à guider mes pas et le fait de chauffer l’émulsion m’a permis de la décoller facilement.

Mes essais étaient infructueux car je ne chauffais pas assez le Polaroid avec le sèche-cheveux. Je conseille donc de laisser chauffer entre 5 et 10 minutes à souffle chaux mais doux. Essayez de bien être homogène en axant votre sèche-cheveux à divers endroits.

Bien découper les bords du Polaroid avec un cutter / ciseaux pour faciliter le décollage de l’émulsion

Prendre le temps de bien chauffer est la clef de la procédure.

On peut remarquer que la séparation n’a pas laissé de résidus blancs chimiques sur le transparent.
Je place le transparent devant ma fenêtre pour bien visualiser le Polaroid.

Cette opération ouvre un large éventail de possibilité en terme de réutilisation du transparent.


Dossier et réflexions autour de Polaroid

Impossible Project – Polaroid : 8 ans après (partie 6)

Quelles réflexions poser sur les produits Polaroid (anciennement Impossible Project) depuis 2011 ? Qu’en est-il de la démarche photographique ?

En 2011, j’avais émis une réflexion sur le procédé photographique instantané avec le lancement commercial des premiers films Impossible Project. Mon avis sera nettement plus nuancé 7 ans après.

Avant de commencer, je préciserai que je ne suis pas un fervent défenseur du système Polaroid mais je ne suis pas également un détracteur de ce procédé. J’essaierai donc de confronter mon avis de 2011 avec celui d’aujourd’hui. Evidemment, cette comparaison temporelle est totalement subjective. C’est un point à garder à l’esprit.

Il est également important d’insister que la démarche photographique prendra une place prépondérante dans ma vision actuelle.

Impossible Project devient Polaroid Originals

Je profite donc de cette nouvelle appellation des produits originaux pour confronter les points positifs de l’époque. Sont-ils toujours d’actualité ?

Les + :

  1. Le charme du procédé, l’audace du Polaroid et la manipulation créative sont toujours bien présents. Mon avis reste donc toujours positifs face à ces différents points énoncés en 2011.
  2. L’utilisation et la qualité reflex du Sx-70 est indéniable. La mise au point manuelle (et/ou autofocus avec le Sonar) ainsi que la robustesse du matériel sont des nouveaux points à souligner.
  3. La facilité du Polaroid 660 Sun Autofocus (de type 600) au quotidien. Facilement transportable.
  4. La gamme des films 600 (qui sont utilisables dans un appareil sx-70 via une petite manipulation très simple). La richesse et les différentes collections éphémères sont appréciables. Le packaging est fun. Exemple d’une série que j’ai réalisée en 2017 avec des polaroids à la teinte rosée (Duochrome Pink) pour le  fanzine  » TROUBLE » ciblant l’identité d’une ville par le prisme du tatouage.
  5. Les produits ont bien évolué depuis 2011 et l’avis que j’avais porté à l’époque n’est plus d’actualité. A partir de 2013, la firme Impossible Project a réussi à atteindre un premier pas vers une certaine stabilité dans le développement (attention j’ai une petite réserve voir points négatifs plus bas). L’entreprise continue d’innover en terme de rendu et dans les mises à jour des chimies. En février 2018, la version couleur (qui a été en bêta depuis presque un an) » semble » rivaliser avec la chimie Polaroid de l’époque d’après certains utilisateurs.
  6. La firme Impossible Project propose des séries limitées dans le temps comme Keith Haring ou « Third Man Records Edition » (partenariat avec Jack White). L’audace est donc au rendez-vous.
  7. Avec la main mise du nouvel actionnaire majoritaire Wiaczeslaw ‘Slava’ Smolokowski et la fusion de l’appellation Polaroid – Impossible, de nombreux accessoires ont vu le jour comme des lentilles pour les Polaroid 600 et SX-70. Cela reste intéressant mais pas indispensable non plus.

Les – : 

  1. Le prix des consommables est le point le plus important. Avec des prix qui varient entre 16€-22€ pour 8 expositions, cela reste onéreux. Faire de la photographie instantanée a un coût lorsque l’on utilise les produits de « Polaroids Originals ». L’alternative se situe-t-elle au niveau de Fuji ? (J’aborde le cas d’Amazon dans le point négatif 5)
  2. Le point numéro 6 de l’aspect positif met en avant l’audace d’Impossible Project. Malheureusement, la firme n’existe plus car elle est devenue « Polaroid Originals« . De nouveaux actionnaires sont devenus majoritaires et donc des changements dans la ligne directrice créative sont peut-être à prévoir. A l’heure où j’écris ces ligne, le shop de « Polaroid Originals » ne comporte pas des initiatives comme celles citées plus haut. La nouvelle vision décidée par le nouveau conseil d’administration jouera-t-il la sécurité ou continuera-t-il le coup de folie qui faisait le charme d’Impossible Project ?
  3. Avec le rebranding et le nouveau packaging, l’aspect commercial à outrance semble se profiler comme la mise en avant de T-shirt, de sacs, de cadres,… Bref, on sent bien que le chemin de la consommation de la marque est en route. En soi, cela n’est pas un aspect négatif mais je préfère que la société continue de travailler sur les chimies ou sorte de nouveaux formats comme le 4×5 ou une renaissance du format FP100 (ce dernier est mort avec l’arrêt de production de Fuji en 2016).
  4. Je parlais dans les points positifs que la recherche autour des chimies était toujours d’actualité. Bien que l’avancée soit présente, j’ai remarqué dans ma pratique personnelle que certains polaroid pouvaient « baver » en terme de chimie. Attention, je ne parle pas des polaroid couleurs mais bien de la gamme n&b. Une légère manipulation accentuée (comme scanner le polaroid par exemple) peut provoquer un léger écoulement de la chimie sur l’image en partant du haut. J’ai quelques exemples de cet écoulement jaune dans ma série photographique : « La voix révélatrice« .
  5. Ce point négatif n’est pas entièrement dépendant de la firme Polaroid Originals mais je me dois de l’aborder car j’ai eu quelques mauvaises surprises personnelles. Je vais parler de l’état et les commandes des cartouches. En effet, lorsqu’arrivera le moment de commander vos Polaroid, vous regarderez (à juste titre) l’endroit où ceux-ci sont les moins chers. En effet, au vu du prix sur le site officiel (19€ pour 8 Polaroid), il sera certainement intéressant de comparer les différents sites de vente. Si vous suivez le même chemin que moi, vous verrez une différence de 3€ avec Amazon par exemple. Le soucis est que le prix moins cher peut cacher des soucis que j’ai rencontrés dans ma pratique :
  • Dates périmées
  • Cartouches dont la pile est déchargée ( à cause d’un mauvais stockage par les sous-traitants d’Amazon) –> les Polaroid ne sortent pas
  • Les chimies qui ont subi de fortes différences de températures –>  soucis de rendu

Il existe certainement d’autres points positifs et négatifs sur l’utilisation du procédé instantané Polaroid.

Je terminerai  cet article en appuyant sur l’essentiel : la démarche photographique. Le Polaroid ne reste qu’un outil parmi d’autres. Qu’est-ce que j’ai envie de transmettre ? Pourquoi le choix d’un tel format ? Qu’est-ce que cela apporte au projet général ?, ect… Le choix du Polaroid ne reste donc qu’au service d’une réflexion globale au sein de votre photographie.


Dossier et réflexions autour de Polaroid
Réflexions menées en 2011 autour de Polaroid

 

La construction d’une démarche photographique par le prisme du Polaroid (partie 2)

L’appareil SX-70 pliant restera une figure emblématique de la marque Polaroid. Mais qu’en est-il du lien entre l’outil et une évolution de sa propre conception de la photographie ?

Avec une naissance en 1972, dans une époque où l’expérimentation et la créativité sont encouragées par la firme, le boîtier SX-70 marquera l’histoire de la photographie.

Avant les années 70, les appareils Polaroid prennent un peu de place face au SX-70 pliant. Ils seront considérés comme faisant partie des premiers reflex de type réellement pliable et portable.

J’ai fait l’acquisition du modèle de 1978 équipé d’un autofocus et d’un sonar greffé sur le haut de l’appareil. Pour certains puristes, son esthétisme ne fait pas l’unanimité à cause du « nid d’abeilles » qui prend un peu de place face à son aîné SX-70 dont l’Alpha 1 de 1977.

Evidemment, nous parlons de matériel mais il est indéniable qu’un boîtier reste un simple outil dans la construction de son identité photographique.

Je n’essaierai pas de vous vendre tel ou tel produit et je ne rentrerai pas dans une technique poussée sur l’appareil (d’autres sites font cela mieux que moi). Par contre, qu’est-ce que je recherche par l’utilisation d’un tel procédé ? Quelles réflexions animent mon esprit ?

La maturation Polaroid au service de sa démarche photographique

Avec cet intertitre, essayons d’oublier les aspects techniques, la sensualité du matériel, le charme de la nostalgie ou un effet de mode mal placé. Utiliser un appareil de ce type est, avant tout, avoir réfléchi sur sa manière de travailler, se donner une nouveau questionnement autour de sa conception photographique.

Ce petit carré que l’on nomme Polaroid fait partie intégrante d’un agencement spatial qui essaie de valoriser une série photographique prédéfinie qui va en accord avec votre réflexion sur votre manière de faire. Pourquoi un tel format ? Voici déjà l’une des premières questions que je me suis posée lorsque j’ai décidé de construire une série autour de ce carré.

Vais-je choisir le noir et blanc ? La couleur ? Travailler avec un cadre spécial ou garder le blanc mythique du Polaroid ? Vais-je utiliser un filtre coloré en adéquation avec la vision que j’ai envie de retranscrire ?

Le Polaroid est une impression chimique d’une lumière qui s’écrase entre deux rouleaux. C’est un spectre lumineux qui devient réel. C’est le fantasme d’une idée visuelle que je capte avec mon oeil dans le viseur. Celle-ci s’imprime grâce à une relation entre concret et abstrait.

Chaque Polaroid a sa propre identité inscrite dans sa chimie. Evidemment, ils sont construits de manière identique mais il existe dans chaque chimie une infime partie qui diffère les uns des autres.  Ils se ressemblent mais sont tous différents.

La beauté d’une démarche avec un Polaroid, c’est que chaque photographie est unique. Dans l’univers, il n’existe pas d’autres représentations réelles de votre photographie. Le Polaroid est précieux car unique. Vous pouvez le scanner et en garder une trace numérique mais son faux jumeau n’est qu’une pâle copie électrique du mélange « chimie-lumière » que vous tiendrez entre vos mains.

Fanzine « TROUBLE » // Polaroid « Impossible Project »

Je vous invite à consulter un travail que j’ai réalisé à l’aide d’émulsions « Impossible Project » spécifiques pour le second opus de mon fanzine papier « TROUBLE« . Je voulais porter une réflexion sur l’identité à travers le prisme du tatouage dans la ville de Charleroi en Belgique.

Voici une partie du manifeste que j’avais écrit pour l’occasion et qui retranscrit ce que je ressens lorsque je travaille au Polaroid.

« …La chimie d’un polaroid est tellement égoïste. Lorsque le rouleau collabore au développement de la photographie, celle-ci est capricieuse, indomptable. La polarisation tolère la projection de mon fantasme par le biais d’un procédé mécanique… »

Dans quoi est-ce que je m’engage lorsque je travaille avec ce type de format ?

Travailler au Polaroid n’est pas aussi aisé que ce que l’inconscient collectif laisse supposer. Il y a énormément d’éléments qui font partie intégrante du processus et acceptés complètement lors de la construction d’une démarche par le photographe.

Je pose donc les éléments à prendre en compte. Ce ne sont pas des points négatifs ou positifs. Ils font partie intégrante de la vision de ce type de format.

Posons la première balise incontournable : le prix. Cela a un coût de travailler avec ce format. Le prix est en lien avec l’objet unique que vous tenez entre les mains.

Fanzine « TROUBLE » // Polaroid « Impossible Project »

Une cassette de 8 photographies tourne entre 16€ et 22€ pour les plus récentes. Le Polaroid coûte donc entre 2€ et 3€.  Evidemment, la firme Impossible Project rebaptisée Polaroid Originals en 2017 propose certaines collections éphémères dont les prix explosent lorsque la rupture des stocks est signalée. Pour ceux qui désireraient travailler avec une chambre photographique 8×10, le prix de base est de 180€ pour les 10 tirages.

La seconde chose à prendre en compte est la sensibilité et la fragilité d’un Polaroid. Cela n’est pas une contrainte car, comme expliqué plus haut, certains photographes très connus utilisent cette fragilité au sein même de leur démarche : traces de doigts, déchirures, chimie qui a gelé, chaleur,… C’est un point à prendre en compte en lien avec le prix de chaque tirage unique.

Je pourrais terminer par les essais infructueux liés à la surexposition, la mise au point, l’assombrissement,… mais avec le temps, ceux-ci feront partie intégrante de votre démarche.

Par contre, en guise de conclusion, je n’insisterai jamais assez sur le fait qu’une photographie se réfléchit au niveau des contraintes mécaniques. L’appareil reste un outil et ne doit pas décider à votre place. Quel rendu je désire ? La lumière provoquera-t-elle une surexposition que je ne désire pas ? Que choisir face à ce contraste ? Faites donc travailler votre cerveau en observant ce qui se passe autour de vous d’un point de vue lumière. L’apprentissage par l’erreur est une bonne école mais sachez qu’ici elle a un coût.


Dossier et réflexions autour de Polaroid
Réflexions menées en 2011 autour de Polaroid

La naissance du SX-70 dans les années créatives de Polaroid (partie 1)

La marque Polaroid a contribué à la construction du médium photographique.  Un contexte historique innovant par l’expérimentation issue des années 70.

Balisons notre travail en guise d’introduction

Après un passage obligatoire par le boîtier de type 600, depuis quelques semaines, j’ai fait l’acquisition d’un boitier pliant SX-70.  Il me semble intéressant de poser un avis complètement subjectif sur cet appareil.  Je profiterai de mon envie de poser une réflexion pour écrire une série d’articles.

Avant de me lancer dans certains aspects techniques, j’aimerais contextualiser la naissance du SX-70 dans une période où la marque Polaroid encourage les innovations esthétiques auprès des photographes.

En 2010, la mode tournait autour d’une renaissance du Polaroid. En 2018, la mode a-t-elle fait place à une nouvelle maturité ? La question est donc lancée.

Je reviendrai également sur une réflexion que j’ai posée en 2011 dans une série de 5 articles autour des chimies  Polaroid Impossible Project.  J’essaierai de recontextualiser ce que signifie (pour moi) Polaroid en 2018.

Après tout ceci, je proposerai un avis matériel sur le boîtier 660 Sun avec lequel je travaille depuis 2016.

Je terminerai par une série de liens qui illustreront ce travail d’écriture (de près ou de loin) pour nous permettre de continuer de réfléchir sur la notion même de Polaroid.

Bref, nous avons beaucoup de travail !

Contexte historique du SX-70 : un appareil mythique

Je ne rentrerai pas dans des détails sans fin autour de ce boîtier.  Je préfère mettre en avant l’effort qu’a fourni la firme Polaroid pour encourager l’innovation créative des photographes dans les années 1970.

Lorsque sort en 1972 le SX-70, nous sommes dans la continuité de la création d’une collection d’oeuvres Polaroid lancée par Ansel Adams  et Edwin H.Land (le créateur de l’invention Polaroid). Les années 70 vont apporter un lot impressionnant de photographes qui vont s’affranchir de l’héritage et l’influence de Ansel Adams avec ses paysages en noir et blanc.  Une phase d’expérimentation techniques et esthétiques va débuter.

La firme Polaroid travaille autour de son image d’entreprise qui se veut créative, inventive et innovante. C’est dans cette optique que les conservateurs de Polaroid mettent au premier plan et privilégient les oeuvres les plus conceptuelles et avant-gardistes.

Comme le dit Barbara Hitchock, directrice « The Polaroid Collections » en septembre 2004 au Massachusetts dans le livre « The Polaroid Book » (TASCHEN) :

« …Certes, nous n’avions rien contre les tirages bien léchés ou les belles images évocatrices, mais nous accueillions aussi à bras ouvert les tirages retouchés à la main, ceux qui avaient été réalisé avec d’anciens procédés de fabrication, toute image dans laquelle l’artiste faisait preuve d’imagination pour exprimer ses idées et ses expériences… »

Barbara H. insiste sur les créations et la restructuration de l’idée même de la photographie au Polaroid. Le passage qui suit est extrêmement important pour comprendre cette logique.

« … En 1972, Samaras manipulait les pigments avec une aiguille de manière à créer des effigies déformées de lui-même. Quant à Rauschenberg, il badigeonnait grossièrement ses photos 50 x 60 en noir et blanc avec du fixateur… D’autres appliquaient sur leurs oeuvres de l’encre, de la peinture acrylique, des teintures diverses, voire même du sang… »

Lucas Samaras

Elle continue de mettre de l’accent en insistant que des photographes grattaient les négatifs ou les positifs avec des aiguilles par exemple. Tous ces exemples prouvent que ces années folles seront un foyer dans l’innovation, dans l’encouragement créatif voire même une remise en question de la photographie Polaroid.

Liens divers autour cet article
Rauschenberg R. // polaroid noir et blanc, acrylique et grattage sur châssis aluminium

Dossier et réflexions autour de Polaroid
Réflexions menées en 2011 autour de Polaroid

 

Apprendre la photographie par rapport au cadrage cinématographique

Lier le cadrage entre les différents médiums visuels est intéressant pour apprendre la photographie. L’objectif n’est pas de copier mais d’ouvrir une conscience photographique.

Qu’est-ce que « cadrer » ?

“Cadrer” en photographie, cinéma ou vidéo… c’est choisir ce qui apparaîtra dans l’image que l’on construit. Mais cette opération, qui peut sembler aller de soi superpose en fait des attentes bien différentes, intimement mêlées dans l’acte de cadrer. Des attentes qui sont bien souvent du domaine de l’implicite. (1)

Observer les frères Cohen

Le nom de Tony Zhou ne vous dira probablement rien. C’est un contributeur que vous pourrez retrouver sur le site Vimeo. Passionné de cinéma, et par extension du cadrage qui nous intéresse ici, il propose quelques vidéos autour de la pédagogie cinématographique.

Je vous invite à aller plus loin en liant votre passion photographique au médium cinématographique. Tony Zhou introduit sa vidéo de cette manière :

Comment pourrions-nous filmer une conversation et mettre en avant les interactions entre les personnages ? Où mettre la caméra ? Quel objectif utiliser ?… Aujourd’hui, je propose une analyse autour des frères Coen – Joel & Ethan – et voyons ensemble comment leurs choix donnent une sensation particulière entre le champs ets contrechamps.

L’esthétique de l’image est une composition du cadrage

Les éléments photographiés ou filmés constituent l’esthétique de l’image. Cela est donc l’essence du cadrage.

Joel & Ethan Coen – Shot | Reverse Shot from Tony Zhou on Vimeo.

Citation de Sandrine Lopez – Un regard sur la photographie

Des paroles autour de la photographie pour progresser, réfléchir et ouvrir un point de vue autour de l’image

Des bons photographes, il y en a des milliers. Je ne pense pas qu’il soit difficile de devenir un « bon photographe ». Maintenant, il faut savoir de quel point de vue on se place : est-ce que la photographie ouvre un espace plus vaste que celui ouvert la belle image ? Ce qui compte c’est ce que porte l’image de plus lourd, de plus sourd, de plus profond, qui a à voir avec le photographe derrière l’image, ses désirs, ses obsessions,…

Site de Sandrine Lopez

L’instant décisif par Sarah Moon

« On insiste mais l’instant est passé »

Après avoir été mannequin puis photographe de mode, Sarah Moon est devenue célèbre avec un travail plus intime. Ses images très poétiques sont fortement mises en scène, et pourtant Sarah Moon croit dans le fameux  »instant décisif’. Dans une rue de New York, cet instant va disparaître en une phrase.

Source : L’instant décisif | ARTE Radio