Le secret du développement couleur : la température !

Avant propos

La rédactrice de cet article est Anaïs Carvalho. Très active au niveau de la photographie, principalement argentique, sur les réseaux sociaux, c’est sur son Twitter que j’ai eu la chance de faire sa connaissance.  Elle se définit comme passionnée partageant sa vision en utilisant le support de la photographie. Je vous invite sincèrement à retrouver son travail sur son site Internet : http://www.mavisiondeschoses.fr/

L’ensemble du projet de Focale Alternative est avant tout un partage des pratiques photographiques. Ne sachant pas développer mes pellicules couleurs, Anaïs Carvalho s’est proposée de partager ses connaissances et sa passion de l’argentique. Cet article entre donc dans une lignée d’échange où j’espère, tout comme moi, que vous aurez appris de nouvelles choses en ce qui concerne le développement de vos pellicules couleurs et surtout, entrer dans une phase de curiosité qui vous poussera à en savoir décidément toujours plus.

Je remercie donc Anaïs Carvalho pour les nouveaux horizons qu’elle m’a permis de découvrir grâce à sa participation sur le blog de Focale Alternative. J’espère que ce partage continuera vers une prolongation dans le FA Magazine.

Introduction

Beaucoup de photographes qui sont restés à l’argentique, travaillent préférentiellement avec des films noir et blanc. Pour moi, l’une des raisons de ce choix, c’est la facilité du développement et du tirage. En effet, ces étapes sont plus difficiles en couleur car la première nécessite un contrôle parfait de la température et la seconde doit se faire entièrement dans le noir.

Mais dernièrement, ayant travaillé avec quelques pellicules couleurs et souvent avec des pellicules noir et blanc se développant en chimie C-41, je me suis dit : « Pourquoi ne pas tenter ? Cela ne doit pas être si compliqué au final. »

D’autre part, j’ai effectué une petite comparaison des coûts de développement en laboratoire ou maison et le premier est environ deux fois plus cher. Alors sur une pellicule, cela ne vaut pas le coup mais pour une dizaine, nous pouvons y réfléchir à deux fois.

Une fois ma décision prise, me voilà dans mon magasin photo préféré pour acheter un kit C-41 dédié au développement de négatif couleur.

La température

La particularité du développement d’un négatif couleur est qu’il vous faut travailler en température constante, généralement à 38°C (± 0,2 ce qui implique un contrôle précis de la température des différents bains). Pour cela, deux solutions s’offrent à vous : la cuve JOBO ou le bain-marie thermostaté.

La cuve JOBO est la solution la plus pratique. En effet, sur cette cuve, vous n’avez qu’à charger les bains dans les différents compartiments dédiés à cet effet, régler les temps de chaque bain et la cuve s’occupe du reste. Cependant, cette cuve reste, à mon avis, assez onéreuse. D’occasion, il faut compter environ 300 euros.

Travaillant dans un laboratoire de recherche, j’ai à disposition, toute une collection de matériaux les plus perfectionnés. Il s’agit d’un bain-marie industriel avec une résistance, pour chauffer l’eau à la température voulue, et d’un thermomètre pour contrôler cette température en permanence.

C’est donc cette solution que j’ai choisie. Cependant, il s’agit d’une solution de substitution. En effet, le développement d’un négatif couleur, à la différence du noir et blanc, nécessite une constante agitation des films une fois en bain. Une cuve JOBO fait le travail pour vous mais un bain-marie non. Il vous faudra donc remplacer le moteur de la cuve en agitant tout au long du traitement votre cuve de développement.

Rotation de la cuve dans le bain-marie thermostaté

L’autre petite adaptation que vous devrez faire est le chauffage des bains qui est fait automatiquement avec la cuve. Personnellement, je prépare 600 ml de chaque bain (pour une cuve deux spires) que je mets à préchauffer environ 1h avant l’emploi ou alors je préchauffe l’eau qui va me servir à faire les bains.

Une fois votre choix concernant le contrôle de la température fait, vous n’avez plus qu’à passer au développement.

Le grand avantage du développement de négatifs couleurs, c’est que vous pouvez travailler des films de différentes sensibilités en même temps. En effet, les temps de traitement sont les mêmes pour toutes les sensibilités de vos films. L’inconvénient, c’est qu’à ma connaissance, on ne pousse pas la sensibilité de pellicules couleurs comme on peut le faire pour des pellicules n & b.

Le développement : Le kit C-41

Kit C-41 Colortec de Tetenal

Ce kit est composé de différents réactifs permettant de préparer un révélateur, un blanchisseur et un stabilisateur. La préparation de ces différentes solutions n’est pas compliquée. Il suffit de suivre les instructions et je conseille, comme pour le développement noir et blanc, d’utiliser de l’eau déminéralisée pour éviter au maximum les traces de calcaire sur le film. Pour cette préparation, pas de matériel particulier : éprouvettes et flacons suffisent.

Comme pour le développement noir et blanc, la première étape est le chargement des films dans les spires et dans la cuve. Je vous renvoie à cet article pour les différentes subtilités de cette étape.

Ensuite, il est conseillé de mettre les films à 37°C avant de commencer les traitements. Il s’agit d’une précaution que je me suis permise d’ignorer sans que cela n’affecte significativement la qualité du développement.

Les étapes du développement

1. Première étape : Le développement commence avec l’étape de révélation dont le temps différents en fonction du nombre de films à traiter : 3min15 pour 1 à 4 films, 3min30 pour 5 à 6 films.

2. Deuxième étape : Ensuite arrive l’étape de blanchiment de 4 minutes. La quantité des films développés ne joue pas ici. C’est un temps identique.

3. Troisième étape : Conseil pratique : Après ces deux étapes cruciales, le maintien de la température à 38°C n’est plus obligatoire.

4. Quatrième étape : Le rinçage. Celui-ci s’effectue à l’eau entre 30 et 40°C. Je vous conseille d’utiliser de l’eau courante et de finir à l’eau déminéralisée afin d’avoir un rinçage plus efficace.

5. Cinquième étape : Demandée par le kit : la stabilisation des couleurs pendant 1 min entre 20 et 40°C. Personnellement, j’ai ajouté une étape : un dernier rinçage à l’eau déminéralisée. Effectivement, j’ai remarqué que le bain de stabilisation laissait de grosses traces blanches. Ce dernier bain d’eau permet de les éviter.

Notez que pour savoir si votre pellicule est bien développée, regardez les bandes présentent sur les marges. Elles doivent être correctement révélées.

Exemple d’un développement correct

Procédés alternatifs

Il est possible de développer les pellicules couleurs à des températures différentes que les 38°C habituels.

Plus froide, à 30°C, ce qui implique des temps de traitement plus longs. Autrement dit, au bain-marie, ce n’est pas l’idéal. Tenir trois minutes en tournant la cuve, cela peut le faire, mais huit ou neuf, cela commence à faire long.

Une température plus chaude, à 45°C, avec des temps de traitement plus courts. L’inconvénient de cette technique est que les solutions ne peuvent être utilisées qu’une seule fois. Alors pour gagner une minute de temps de traitement, je pense que cela n’en vaut pas la peine.

Pour finir

Vous savez donc tout de ma première expérience de développement maison de pellicules couleurs.

La prochaine étape personnelle sera le test du développement de diapo en chimie E-6. En attendant, j’attends avec impatience vos retours sur cette technique à la suite de cet article, sur mon site ou mes réseaux sociaux.

Photo en Kodak Portra 160 – Lubitel

17 réflexions au sujet de « Le secret du développement couleur : la température ! »

  1. Merci pour l’article, très intéressant … ça donne envie de faire un tour sur le net pour aller chercher une cuve jobo ou quelques thermomètres 😉

  2. La première chose que je dirai, c’est de ne JAMAIS rincer le stabilisant. Le stabilisant doit sécher sur le négatif pour l’imprégner, il en va de la préservation de celui-ci (couleur, protection, conservation, etc.). Pour éviter les taches, je fais en sorte de bien étaler le stabilisant en sortie de cuve. J’utilise tout simplement mes doigts (je porte des gants en caoutchouc), je passe le film entre mon index et le majeur de haut en bas 1 à 2 fois sans trop appuyer. Cela enleve l’exces de stabilisant qui provoque les taches. Et dans le cas où il y aurai tout de même des taches, je les nettoie avec du « Film Cleaner » (Tetenal) et chiffon doux anti-static.

    Deuxième chose, la quantité de films joue sur la durée de blanchiment. La doc dit bien que pour 38° le blanchiment des 4 premiers se fait en 4 minutes, de 5 à 8 en 6 minutes, de 9 à 12 en 10 minutes et 13 à 16 en 15 minutes.

    Pour ce qui est de la quantité de films qu’ils est possible développé par étape « d’appauvrissement des chimie » , de par mon experience, il est tout à fait possible de doubler la quantité dans certains cas. Par exemple, on peux doubler pour des films jusqu’à 200 iso. A 400 iso ce sera +50%. A 800 iso et dessus, s’en tenir aux instructions de Tetenal.

  3. Une dernière chose, j’ai ajouté une étape dans mon process, entre le révélateur chromogène et le blanchiment, je trempe le film 20 seconde dans un bain d’arrêt (indicet de Tetenal ou bien de l’acide acétique à 3%) ce qui permet de préserver le bain de blanchiment. C’est conseillé par Tetenal.

  4. Merci beaucoup pour toutes ces informations. Je vais les intégrer ce week-end à l’article dans une partie que je nommerai « conseils et autre avis ». C’est toujours très enrichissant de partager des expériences et je t’en remercie !

    @Rémy : Oui cela m’a donné envie de découvrir ce procédé également et je compte m’y mettre dès les vacances !

  5. je développe aussi en couleurs, par contre je n’avais pas notion du nbr de réutilisation de solution de travail différente selon température…

    je bosse donc à 38° en 4x
    (d’ailleur je ne sais pas pour toi mais j’utilise de mémoire une cuve 570ml, j’a

  6. oups je recommence en un peu plus clair j’espère 🙂
    j’utilise comme toi le tetenal C41, 1l.
    avec une mahcine jobo cpa2 (si tu fais beaucoup de films, ou du moyen voir du grand format je ne saurai que trop te la conseiller)

    J’ai deux questions sur le nombre de réutilisation du kit:

    1) en lisant l’article je vois – ce que je ne savais pas – que selon la température de travail utilisée le nbr de réutilisation diffère:
    en gros à 45° tu perds du nbr d’utiisation par rapport à 38°…mais alors si je développe à 30° est ce que je gagne du nb d’utilisation ? (utilisant une CPA2 que cela tourne 5 ou 25 min ça ne change rien pour moi: en nb parfois je laisse tourner 30min).

    2) volumes d’utilisation:
    mes 120 et 35mm sont développés dans une cuve demandant 570ml de produit en rotatif.
    pour les plans films j’ai plus le chiffre mais de mémoire c dans les 300-400ml

    on a 1l de produit, on en utilise donc dans le premier cas 57%. que je remet dans le « pot initial » à la fin de l’utilisation, 57% de produit utilisé une fois se mélange donc à 43% de produit vierge.
    est ce que cela permet d’utiliser + de 4x l’ensemble ???
    (et l’as tu déjà essayer ?)

    En tous cas je voulais te féliciter pour ce blog: les articles sur l’édition d’un magazine et l’iphonographie était trés interessants !

  7. Bonjour Glucozze,

    Pour ta premier question, je ne suis pas sure que tu puisses faire plus d’utilisations. Sur la notice, il développe bien le même nombre de films avec les deux températures. Il précise que l’utilisation à 30°C est en cas de problème avec celle à 38°C (résultats irréguliers).
    Pour ta seconde question, je ne l’ai jamais fait mais je le déconseillerais!!!! Car mélanger des produits oxydés avec des produits neufs va accélérer l’oxydatation de tes produits neufs. Personnellement, je prépare le volume de produit qui m’est nécessaire pour faire le développement du nombre de pellicules que j’ai. Jamais plus… J’espère avoir répondu correctement à tes questions!

    @King_volcano: merci beaucoup pour ces précisions!!!

  8. Bonjour Glucozze,

    Merci pour tes messages. J’espère qu’Anaïs a répondu à tes questions. N’hésite pas à demander à King Volcano également, il maîtrise son sujet également 🙂

    Je te remercie pour tes encouragements face aux articles proposés 😉

    Amicalement

  9. Ping : Anonyme
  10. Bonjour, je compte essayer le kit C41 de Tetenal. En noir et blanc, on mouille le film plusieurs minutes avant d’introduire le révélateur. est-ce nécessaire en couleur. Question de néophyte !

  11. Je ne le fais pas car travailler avec la couleur est super délicat mais je connais des photographes qui le font. Réponse évasive désolé.
    Le mieux est de tester par toi-même : fais 2 films à vide et observe avec prémouillage ou sans. Regarde le rendu.
    Par contre, respecte à fond les températures car cela ne pardonne pas en couleurs !

  12. Philippe merci pour ta réponse. Un premier film est déjà développé, à sec si j’ose dire. le résultat est un poil mitigé : les images manquent de saturation. Le second film sera pré-mouillé, pour voir. Je ne suis lus à un film près…

  13. Allez courage ! Ne désespère pas. Le développement, c’est simple mais cela demande un poil d’expérience qui viendra avec le temps. Quand tu auras trouvé ta manière, tu la suis bien à la lettre.
    Petit conseil : prends bien note de ton processus avec ce qui marche ou pas. Important pour reproduire dans le long terme.

    A bientôt !!

  14. Bonjour,

    Je suis totalement débutante et j’ai une question à propos de la chimie utilisé pour une pellicule en couleur et une pellicule en noir et blanc.
    Y a t’il des produits contenu dans le kit c-41 que nous pouvons utiliser pour développer une pellicule noir et blanc ?

    Merci de votre article,

    Cordialement.

  15. Bonjour Ali et désolé pour le retard de ma réponse. De manière global, je ne mélange pas mes produits. Le kit couleur reste le kit couleur et je ne fais aucun transfert.
    Pour ma part, si cela te semble un peu cher avec tous ces produits, je te propose d’acheter du Rodinal pour ton n&b. 19 ml de produit pour 500 ml de cuve. Et la force est qu’il est éternel si le bouchon est bien fermé.

    N’hésite pas à revenir si tu as des questions !

  16. Hello, perso je fais à 30 degrés et je ré mélange ma solution une fois terminé. Aucun problème à ce jour et j’en suis à mon deuxième kit.
    Dans la doc, il mentionne ce qui est le plus adéquat pour un rendu ultra exact. Tu peux faire bien plus de film qu’ils le disent… Du moins à 30 degrés et à 38.
    Je pré mouille mes films 120, c’est vraiment important pour le 120, d’ailleurs on voit bien la couleur de l’eau après le pré mouillage 🙂 on y voit une différence sur l’uniformité des couleurs et leurs contrastes.
    Pour le stabilisant, je fait exactement comme la notice et je rince légèrement avec les doigts, attention les négatifs couleurs sont très très fragiles mouillés.
    Salutations.

  17. Bonjour,

    J’ai réalisé mon premier développement couleur récemment, tout semblait à peu près correct, mais au scan les couleurs sont verdâtres/bleues. Quelle peut être mon erreur ?

    Merci,

    JB

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