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L’année prochaine : vers les Rencontres d’Arles !

Entre passion, piquant, culturel et visuel, les Rencontres d’Arles se sont forgées avec leur 41ème édition une place incontournable sur la scène de la photographie mondiale.

Plus qu’une approche ou une découverte, c’est un véritable rendez-vous que nous propose chaque année les Rencontres d’Arles .  La majorité des photographes (passionnés, amateurs ou professionnels) ou les personnes sensibles à la force des images font route vers la ville d’Arles. Un pèlerinage annuel qui se confirme avec l’affluence grandissante de cette 41ème édition.

Festival photographique fondé en 1970, les Rencontres d’Arles s’appelaient à leur genèse « les Rencontres International de la Photographie d’Arles« .  Plus que de l’inédit, les Rencontres d’Arles ont eu la vision d’utiliser des lieux incongrus et patrimoniaux pour présenter les nombreuses expositions dans toute la ville.  Ancienne chapelle du XIIe ou friches industrielles du XIXe, la ville et son patrimoine s’ouvrent exclusivement au public lors de ce festival dédié à l’image.

Entre colloques, débats, expositions et formations photographiques, les Rencontres d »Arles semblent devenir le pôle de l’activité photographique européenne.  Cette édition 2010 a proposé 6 promenades thématiques.  Je vous invite à visionner le reportage ci-dessous réalisé par Artnet.fr. sur les Rencontres d’Arles 2010.


LES RENCONTRES D’ARLES 2010

Cachemire : Vallée des larmes

Mise en avant de l’actualité journalistique où seules les photographies s’expriment sur la tragédie du Cachemire. Place à une autre forme de photographie : celle du journaliste reporter.

Pendant près de deux mois, le Cachemire a été en proie à de violentes manifestations, démonstrations de jeunes hommes en colère contre la domination indienne dans cette région.  Un sentiment « anti-Inde » prend forme au Cachemire, qui est divisé entre l’Inde et le Pakistan, mais revendiquée par les deux pays dans son intégralité.

Les manifestants rejettent la souveraineté indienne sur le Cachemire et souhaitent former un pays unique avec le Pakistan à majorité musulmane. Les troubles récents au Cachemire indien n’est pas sans rappeler la fin des années 1980, lorsque des manifestations contre le régime de New Delhi a déclenché un conflit armé qui a tué jusqu’à présent plus de 68.000 personnes, essentiellement des civils.

Pendant le soulèvement, l’Inde a maintenu des centaines de milliers d’hommes pour assurer la sécurité au Cachemire et pour combattre une insurrection parrainée par le Pakistan.  Une fois l’insurrection neutralisée, une révolte populaire contre la domination indienne s’est développée. Les séparatistes ont appelé à davantage de protestations et de grèves pendant le Ramadan, et le gouvernement a réagi en imposant des couvre-feux et la fermeture effective de la région contestée. Des marches de protestation sont organisées dans la majeure partie du Cachemire. Des chants ponctués de  » Nous voulons la liberté ! » sont scandés.

David Seymour

Témoin des conflits de son temps, il nous a légué des images profondément humanistes.

Né en 1911, David Seymour est le fils d’un éditeur de livres en hébreu ou en yiddish. Après diverses infortunes de la vie suite à la guerre par exemple, il se dirige vers la photographie dans une agence dirigé par un ami de sa famille. Il devient rapidement ami avec Henri Cartier-Bresson et Robert Capa. Ceux-ci seront à l’origine de la fondation de la célèbre agence Magnum en 1947.

Dans les années 30, il rejoint les Etats-Unis et travaille aux services de renseignements photographiques malgré ses problèmes de vue. Après la naissance de Magnum, il rejoint une mission de l’Unicef qui l’envoie photographier des enfants à travers le monde.

Son talent photographique sera reconnu dans l’après-guerre grâce à sa capacité de compassion appréciée de tous. Il trouve la mort en 1956, en couvrant le conflit qui opposait Israël à l’Egypte.

L’innovation photographique et humaine

Dès la genèse de la photographie, bon nombre d’enfants immortalisés dans un négatif. L’innovation de David Seymour sera de les montrer comme des victimes isolées. En effet, les populations du monde paient un lourd tribu face à la guerre. Enormément d’enfants se trouvent livrés à eux-mêmes. David Seymour va les représenter tels qu’ils sont : sans soutien.

Sa mission photographique pour l’Unicef va devenir plus qu’un simple témoignage. Il va confronter le monde avec des situations intolérables.

La technique de Chim est remarquable. Pendant ses reportages, il dialogue longuement avec ses interlocuteurs avant de les figer sur la pellicule. Il se tient à une certaine distance des sujets qu’il photographie et les laisse évoluer dans leur univers. Son objectif se tourne également vers les plus vulnérables : des vieillards, des ouvriers, des femmes et des enfants. Chaque reportage, chaque cliché relate ces conversations de Chim avec l’humanité qui l’entoure.

David Chim Seymour

Juif de Varsovie, Dawid Szymin, connu sous le nom de David Seymour, ne jouit pas de la notoriété de ses amis Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Après des études à Leipzig et en Sorbonne, il devient photojournaliste en 1933 pour le magazine communiste « Regards« .

Photographe engagé, Chim documente la condition ouvrière et la mobilisation populaire française.  Avec Robert Capa et Gerda Taro, il participe activement aux débuts de la Guerre d’Espagne. Il devient le témoin de la volonté de résistance du peuple espagnol face au fascisme de Franco.

Il centrera ses photographies sur le sort des civils, dans les villes bombardées par les avions allemands et italiens au service des soldats franquistes.  Chim livre une vision poignante et humaine des réalités de la guerre montrée dans le quotidien de la population espagnole.

Réfugié aux Etats-Unis et devenu citoyen américain, David Seymour participe à l’effort de guerre allié sous l’uniforme américain en travaillant pour les services de renseignement.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, il documentera la survie des enfants dans les pays dévastés par la guerre ainsi que de la création d’une société nouvelle sur les terres d’Israël.

Il deviendra le président de l’agence Magnum à la mort de son ami Robert Capa. Chim marquera à jamais l’engagement photographique humaniste qu’il manque cruellement à notre époque actuelle.

Robert Capa

Pour qu’une photographie ait le style Capa, il faut qu’elle soit prise au plus près de l’Homme et de l’action. Il s’intéresse à l’éphémère de la vie, aux instants fragiles d’une existence.

Endre Ernö Friedmann est né à Budapest. Il découvrit la photographie au côté d’un photographe moderniste reconnu bien plus tard aux Pays-Bas.

Dans les années 30, Endre se destine au journalisme mais les difficultés financières et matérielles le poussent vers la photographie. Il travaille donc pour quelques agences. Il va photographier Trotsky lors de sa conférence à Copenhague en 1932 par exemple.

Avec l’arrivée au pouvoir des nazis, il va s’installer en France. C’est en 1936 qu’il s’établira comme photographe grâce à l’aide de ses amis. Il s’invente le nom de Robert Capa. Robert provenant de l’acteur Robert Taylor, Capa venant de l’adaptation du nom du cinéaste Franck Capra.

En 1938, Robert Capa est reconnu pour être le plus grand photographe de guerre du monde et un fervent démocrate.

Robert Capa meurt sur une mine en Indochine en 1954. Après sa mort, il sera reconnu comme le premier jeune romantique de la photographie.

Dans toutes ses photographies, il tente de prendre l’instant où l’Homme fait face au danger et parfois à la mort, à la vérité. Pour cela il faut que le photographe soit le plus près possible du danger. Robert Capa disait même : « Si ta photo n’est pas bonne, c’est que tu n’étais pas assez près ».

Chartres, Femme tondue pour avoir eu un enfant d’un soldat allemand (Robert Capa, 1944)

Le reportage dans les années 30

Au cours des années 1930, le reportage a un aspect filmique. Les photographes de l’époque savent que les clichés présentés dans un article doivent avoir un lien étroit entre eux. Les photographies n’était que des extraits d’un évènement particulier. Une situation était reconnue comme urgente à partir du moment où les photographies étaient quelques fragments d’une situation. Plus les photos étaient fragmentaires, plus la situation illustrée était urgente.

Les photographies de Robert Capa sont devenues une réelle révélation pour la profession en 1938. Prises au coeur des choses, au sein d’un évènement bien précis, Robert Capa réussit à montrer son talent de photographe reporter.

Entre les problèmes de visa et de papiers, les situations délicates en temps de guerre, les agences qui aimaient tout contrôler, les photographes travaillant sur des fronts lointains et ayant des difficultés de faire parvenir leurs clichés, la vie des photographes reporters étaient semées d’embûches.

Les querelles entre les agences et le sujet délicat de la propriété des droits des clichés, Robert Capa sera l’un des fondateurs de l’agence coopérative Magnum en 1947 avec Henri Cartier-Bresson, George Rodger et David Seymour.

Tendance humaniste

Robert Capa va contribuer à la tendance humaniste de la photographie d’après-guerre. Capa présentera la guerre et toute la logistique qui l’entoure. Il montrera l’évacuation des blessés, les soldats faisant une pause cigarette par exemple. Il renforce le côté humain dans ses reportages.

Il renforcera cette tendance dès la création de l‘agence Magnum avec son premier reportage sur des familles de fermiers à travers le monde.

Madrid 1936 / Guerre civile espagnole

Documentaire vidéo

Documentaire en 3 parties sur la vie de Robert Capa : Partie 1, partie 2 et partie 3

Henri Cartier-Bresson

C’est par une économie de moyens et surtout un oubli de soi-même que l’on arrive à la simplicité d’expression.

Le photographe Henri Cartier-Bresson est synonyme de la photographie moderne. A ses débuts, il est passionné par la peinture. Il étudie donc cette expression artistique tout en commençant la photographie.

De 1931 à 1933, il parcoure l’Europe avec son appareil photo. Il couvrira les grandes agitations sociales en Espagne par exemple. C’est en 1933 qu’il propose sa première exposition dans une galerie new-yorkaise.

Le surréalisme

Les surréalistes photographiques essaient de décrire l’hystérie, l’extase et le rêve. En 1928, Henri Cartier-Bresson essaie de figurer l’esprit ou son état. A la fin des années 20, les photographes modernistes prennent des machines, des pianos ou des schémas de rue vues en contreplongée par exemple.

L’innovation de Henri Cartier-Bresson est qu’il va établir un lien, combiner ces décors avec la figure humaine. Il va lier significativement décors schématiques et figure humaine.

Bresson d’après Julien Levy

Les clichés de Cartier-Bresson sont « septiques » d’après son ami Julien Levy car Henri Cartier-Bresson a une idée « rude et crue » de la photographie. C’est un homme qui ne voit aucune utilité à théoriser son art. Cela fait de lui un « artiste sincère et modeste. »

La photographie doit soulager les humains de leur propre réalité

Les photographies du début de Cartier-Bresson mettent en scène le destin. L’art photographique devait beaucoup à la chance. Cette chance d’être au bon endroit au bon moment. Au début des années 30, la photographie rentre dans un courant philosophique où la réalité doit-être présentée avec poésie.

Henri Cartier-Bresson sait que ses reportages d’actualité en Espagne n’entrent pas dans ce courant philosophique. Il y montre des foules, habitants typiques ou fragments de paysage. Bref, il présente la réalité sans poésie.

Pour compenser ces photographies-là, il va réaliser des photos plus poétiques qui rentrent dans le cadre philosophique de l’époque qui est : « l’art et la science ont pour objectif de créer un monde imaginaire qui soulage les humains de la réalité. »

A partir de 1936, Henri Cartier-Bresson se donne comme tâche journalistique et artistique de prendre des images structurées sur des thèmes d’actualité. Avant cette date, il se contentaient d’enchaîner les photos sans réelles structure entre elles.

La photographie d’après-guerre

Après 1945, les photographes essaient d’exprimer le déplacement et parfois l‘histoire en marche. Les photographes essaient d’exprimer la continuité de l’histoire difficile à comprendre. Ils deviennent à peu à peu des témoins. Les photographes essaient d’exprimer le désarroi de certains évènements ainsi que celui des participants involontaires. Ex : un mendiant en pleine révolution communiste. Il est participant d’un moment important de l’histoire mais il ne fait que sentir que quelque chose se passe.

Pour Cartier-Bresson, le témoin est un étranger aux évènements. Cette nouvelle idée va s’imposer.

En décembre 1948, le magasine Life envoie Cartier-Bresson en Chine pour illustrer la transition du Kuomintang aux règles communistes. La photo capture le trouble provoqué par le crash monétaire de ce mois, quand la valeur du papier monnaie chuta à pic et que le Kuomintang décida de distribuer 40g d’or par personne. Des milliers attendent en ligne pendant des heures, alors que la police ne fait office que de maintien de l’ordre symbolique, engendrant des dizaines de morts par suffocation. Cartier-Bresson immortalise adroitement le désespoir et la claustrophobie de la scène, en compressant la foule dans un cadre étroit alors qu’elle se presse pour atteindre la banque au delà du coin droit de l’image.

La création de l’agence Magnum

En 1947, il fonde l’agence Magnum avec Robert Capa, George Rodger et David Seymour.

Ce que Henri pense de la vision artistique de Cartier-Bresson

La photographie « fabriquée » ou mise en scène ne me concerne pas. Et si je porte un jugement, ce ne peut être que d’ordre psychologique et sociologique.

Il y a ceux qui font des photographies arrangées au préalable et ceux qui vont à la découverte de l’image et la saisissent.  L’appareil photographique est pour moi une carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois.

Pour signifier le monde, il faut se sentir impliqué dans ce que l’on découpe à travers le viseur. Cette attitude exige de la concentration, de la sensibilité, un sens de la géométrie. C’est par une économie de moyen et surtout un oubli de soi-même que l’on arrive à la simplicité d’expression.

Photographier : c’est retenir son souffle quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante ; c’est alors que la saisie d’une image est d’une grande joie physique et intellectuelle.

Photographier : c’est dans un même instant et une fraction de seconde reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse des formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.

Photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. C’est une façon de vivre.

En ce qui me concerne, photographier, est un moyen de comprendre qui ne peut se séparer des autres moyens d’expression visuelle. C’est une façon de crier, de se libérer, non pas de prouver ni d’affirmer sa propre originalité. C’est une façon de vivre.