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Construire un outil en papier autour de la règle f/16

La technicité de la photographie est un frein lorsque l’on s’enferme dans une pratique où le lien « matériel-règles » est omniprésent. La règle du f/16 est la fondation qui soutient des démarches. Pas l’inverse.

L’outil pédagogique en papier. Simple et précis.

Avant de commencer, il est important de souligner deux aspects au niveau de ce billet :

  • La petite réglette en papier est un outil pédagogique. Avec le temps vous vous en détacherez doucement. Ne pas être esclave de l’outil est primordial. Faire fonctionner sa tête est plus important.
  • Argentique / numérique : cela importe peu (ce ne sont que des outils au service d’une démarche).
  • Je pars du postulat que vous avez une connaissance de cette règle du  f/16. Nous n’entrerons donc pas dans une explication détaillée   de la théorie. Il existe de nombreux sites qui font cela mieux que moi (voir les liens à la fin de l’article).
  • Disclamer (voir la fin de l’article).

–> Télécharger la réglette en français 

Introduction

L’outil est construit à partir de la fameuse « sunny f16 rule« . Pour illustrer les quelques exemples, nous partirons du principe que je travaille avec une pellicule de 100 iso. Dans des conditions idéales, la règle (qui sera notre base de travail) stipule :

« A 100 iso, pendant une journée ensoleillée, j’opte pour une vitesse de 1/100 avec une ouverture de f16. »

Bon, on va tout de suite éliminer certaines questions trop centrées sur des détails liés à du matériel. Quand on travaille avec certains appareils argentiques, la vitesse de 1/100 n’est pas proposée. Ce n’est pas bien grave, je prends la vitesse la plus proche qui est de 1/125. L’effet sur une pellicule n’est pas grave car elle peut encaisser de grosses différences sans sourciller. Imaginez la différence entre 1/100 et 1/125 –> c’est peanuts !

Maintenant que cela est dit, on peut enfin commencer.

La réglette et son fonctionnement

La réglette permet de donner en fonction de l’évaluation du temps et de votre pellicule les différents couples vitesse-ouverture du diaphragme. Cela est assez pratique et pédagogique dans une pratique quotidienne.

Je vais illustrer la réglette avec un exemple en partant de la règle f16 avec une pellicule de 100 iso et la journée est ensoleillée.  Que nous dit la réglette ?

EXEMPLE 1

Il est d’abord important en fonction de vos observations du temps de placer 100 iso sur EV15 qui signifie « Plein soleil (règle du f/16) –> flèche verte. On regarde en bas les couples « ouverture-vitesse d’obturation ». Dans cette configuration, c’est le couple f/16 + 1/125 en vitesse qui est donné.

Sur cette illustration, la réglette est en anglais (voir site de l’auteur plus bas). Un pdf avec la mise à jour en français est disponible dans les liens ci-dessous également.

Dans une observation plus poussée, on remarque la réglette propose d’autres couples équivalents. Ceux-ci sont proposés en fonction des choix que vous poserez en terme de vitesse ou de profondeur de champs. Quels sont ces couples ?

  1. F/22 + 1/60
  2. F/16 + 1/125
  3. F/8 + 1/500
  4. F/5.6 + 1/1000

Tous ces couples sont donc bons en terme de lumière.

EXEMPLE 2 

Nous sommes toujours avec notre pellicule de 100 iso. Par contre, en observant le temps, nous voyons qu’il fait lumineux mais le ciel est couvert par des nuages. La lumière est diffuse et le sujet ne provoque pas d’ombre nettement visible.

Après observation de ma lumière, je prends ma réglette et je place mes 100 iso sur EV 13 « Sujet dans une lumière diffuse ». Que me dit l’outil F/16 ?

L’observation du temps avec notre pellicule de 100 iso est que les sujets sont dans une lumière diffuse. Cela signifie que le ciel est rempli d’un tapis de nuage dont les ombres sont à peine visible.

Différents couples vitesse d’obturation et ouverture sont proposés en bas.

  1. F/22 + 15
  2. F/16 + 30
  3. F/11 + 60
  4. F/8 + 125
  5. F/5.6 + 250
  6. F/4 + 500
  7. F/2.8 + 1000

Vous choisirez en fonction de ce que vous recherchez soit en profondeur de champs soit en vitesse. Vous restez donc maître de ce que vous voulez en fonction de votre démarche photographique.

UTILISATION 3

En continuant d’observer l’image de l’exemple 2, la réglette peut également être utilisée en fonction d’un couple vitesse-ouverture de votre choix avec une certaine pellicule.

Pour EV13 le couple est de f/4 + 1/500 mais si vous désirez garder ce couple pour EV11 (votre sujet est dans la pénombre), la réglette vous dit que vous êtes obligés d’avoir une pellicule de 400 iso (ou de régler votre appareil numérique sur 400 iso).

Conclusion

Cette réglette est entrée dans ma pratique quotidienne depuis longtemps et c’est un outil fantastique ! Gratuit, écologique et pédagogique, cet outil m’a permis de réfléchir pleinement à la lumière lorsque je photographie.

Je terminerai par insister que seule la démarche photographique est la priorité. La réflexion est primordiale. Le photographe doit rester le maître de son matériel et pas l’inverse.


 Disclaimer : l’outil proposé n’est pas une invention de ma part. Il provient d’un auteur inconnu dont le site est en anglais. J’ai essayé maintes fois de le contacter pour obtenir son autorisation de traduction mais je n’ai à l’heure actuelle reçu aucune réponse de sa part. Etant donné que cette réglette est très pratique, je me permets de la partager et d’en donner une explication française détaillée.


LIENS pour aller plus loin

L’archivage au Musée de la Photographie de Charleroi

Les musées dédiés à la photographie sont une source de nombreuses surprises. L’émission belge « 50° Nord » s’est intéressée à l’archivage des photographies argentiques dans un grand musée photographique belge. Trouvant cet extrait très intéressant, je vous invite à plonger dans l’envers des couloirs.

Construire sa propre laveuse pour des papiers barytés

Introduction

Lorsque j’ai développé mes premiers films noirs et bancs, je savais que la suite logique de ce parcours autour de la photographie argentique m’amènerait inévitablement vers le tirage de négatifs à domicile. Cet article ne s’axera pas sur le tirage à proprement parlé mais s’orientera vers le lavage d’une certaine catégorie de papier photo : le baryté.

Après divers tests et apprentissages autour du tirage de papier RC (plastique) que j’utilise pour distribuer de petites photographies autour de moi, j’ai eu l’envie de passer au papier baryté pour ses nombreux avantages en terme de profondeur. Par contre, une fois le tirage effectué, ce type de papier demande un lavage plus minutieux que du papier RC.

Pour effectuer ce type de lavage, il est conseiller d’utiliser une laveuse. Evidemment, chaque photographe a sa propre recette ou a investi dans une laveuse Paterson. Pour cette dernière, le prix est assez salé et varie entre 145 – 300 euros pour une laveuse neuve en fonction des dimensions recherchées. La laveuse que nous vous proposons, Georgio F. et moi-même, tourne autour d’un budget variant entre 25-30 euros.

Cet article n’est pas une bible de la construction mais vous proposera quelques illustrations pratiques pour réaliser votre propre laveuse pour des barytés à moindre coût. L’objectif de Focale Alternative est de permettre une démocratisation en terme de coût autour de la photographie. Nous concevons bien que notre laveuse n’est pas belle mais elle est pratique et fonctionne parfaitement.

Illustrations

1) Cette vue d’ensemble vous permettra de prendre conscience de l’apparence ainsi que de l’agencement des différents éléments. L’arrive de l’eau se situe à gauche. Le trop-plein à droite.

Une caisse en plastique à 15 euros. Georgio F a privilégié une caisse en plastique industrielle.

2) Un tuyau descend dans le fond de la laveuse. L’eau y sera amenée par le tuyau en plastique transparent. En arrivant vers le bas, l’eau créera une circulation dans le bac. Cela fera monter le niveau de l’eau qui s’évacuera par le trop-plein.

3) Le « trop-plein » est situé sur le côté opposé en hauteur. L’eau usée passera dans ce tuyau qui sera installé dans l’évacuation de mon évier.

4) Un viel embout qui traîne pour raccorder l’évier et ainsi permettre l’eau de remplir notre laveuse maison.

Recommandations de Philippe Bachelier

Les papiers barytés sont lavés au moins 1 heure sans auxiliaire . L’emploi d’un auxiliaire, que nous recommandons fortement, réduit de moitié ce temps. (Consultation du lien)

Révélateur Microphen Ilford ou comment pousser une pellicule à 3200 iso ?

Introduction

Depuis quelques semaines, je me suis lancé dans un reportage photographique qui me demande un traitement poussé de mes pellicules HP5+. Originellement vendues à 400 iso, je suis obligé de les pousser à 3200 à cause des conditions de lumière de ce reportage. Alors que choisir comme traitement pour réussir au mieux le développement de mes pellicules ? Quel révélateur choisir pour pousser mes HP5+ d’Ilford ?

Comme dans le monde culinaire, la photographie argentique connaît de nombreuses recettes personnelles et familiales. Pour ma part, comme tout bon débutant, je me suis tourné vers les photographes que je connaissais ou via les réseaux sociaux. La photographie et son traitement sont un univers de mille et une recettes où chacun pratique un peu à sa sauce. Certains préfèrent le grain marqué, d’autres privilégient le contraste,… Vous l’aurez compris la tâche est parfois ardue de se retrouver parmi les expériences personnelles.

Travaillant en HP5+, je me suis tourné vers les révélateurs de la même firme : Ilford. Ce choix fut encouragé par deux photographes français de ma connaissance. En parcourant les prospectus d’Ilford et, plus particulièrement, de la HP5+, j’ai regardé attentivement la notice de la pellicule.

L’analyse du tableau proposé par Ilford est relativement simple. Deux choix m’étaient conseillés : une solution liquide (Ilfotec DD-X) et une solution en poudre (Microphen). J’ai privilégié la deuxième car je n’avais jamais travaillé avec ce type de produit.

En examinant ce tableau, je me suis tourné vers le critère : Meilleure qualité générale de l’image selon l’indice El 3200 et la sensibilité maximum du film. Le Microphen est conseillé ainsi que l’Ilfotec DD-X pour la solution liquide. Si vous regardez bien, il est stipulé Microphen (Réserve). La réserve est importante car, une fois la préparation effectuée du produit, vous ne devez pas la couper avec de l’eau. Vous devriez donc travailler avec le litre que vous aurez préparé.

Préparation Microphen

En 2011, je m’étais posé la question de cette préparation auprès du photographe Laurent Coignet. Celui-ci m’avait répondu par écrit. Voici les conseils qu’il me prodigua et que j’ai suivi lors de ma première préparation.

La préparation est très simple. Ce révélateur en poudre se présente sous la forme de deux sachets : A et B. On mélange la poudre dans à peu près 70 cl d’eau chaude, entre 45 et 50°, successivement sachet A puis sachet B On agite, puis quand la poudre est suffisamment dissoute pour qu’on ne la voie plus, on complète avec de l’eau froide jusqu’à obtenir un litre.  Cette solution sera prête à l’emploi lorsqu’elle ne comportera plus ni bulles d’air ni particules en suspension.

Je laisse reposer une heure avant usage. Certains conseillent d’attendre plus longtemps.  Ce qui est certain est qu’une dilution inachevée et non reposée (bulles et particules non diluées) donne un développement hétérogène.  Cette dilution d’un litre est ce qu’on appelle la solution « Réserve ».

Usage de la solution « Réserve »

Elle peut s’utiliser pure ou diluée (1+1, 1+2, 1+3).

  • Pure : on la réutilise plusieurs fois, en allongeant le temps après chaque nouveau film, pour compenser l’épuisement progressif du révélateur. La règle à appliquer est donnée dans les docs des fabricants. En moyenne, allongement du temps de 10% à 15% par film supplémentaire, et solution considérée comme épuisée après 10 films.
  • Diluée : La solution diluée ne doit être utilisée qu’une fois. Le temps est alors allongé (voir tables de développement). Plus la dilution est importante, moins le contraste du film sera fort, et plus les nuances des gris moyens seront étendues et subtiles.

La préparation est utilisable 6 mois dans un flacon bien fermé et hermétique à la lumière.

L’augmentation de 10 % du temps à chaque utilisation

Je pars du principe que vous utilisez le même film durant la procédure et cela 10 x. La notice de la pellicule HP5+ propose un temps de développement de 16 minutes à 20° avec du Microphen. Pour développer mes films, je suis parti de cette base.

Pour les temps, ce sont ceux que j’ai utilisés et qui m’ont donné un bon rendu. La température est de 20°. J’augmente de 10% le temps d’exposition des films après chaque film. Pour faire vos calculs, partez du principe que 16 minutes = 100%. J’utilise le principe de la TVA pour mes calculs. Exemple : si je dois augmenter mon temps de 10 %, mon temps passera de 100 % à 110 %.

1er film : temps normal proposé par Ilford : 16 minutes.

2ème film : augmentation de 10 % : (16 min : 100) x 110 = 17,6 —> Cela signifie un temps de 17 minutes et 6/10 minutes. 6/10 de min = 36 sec. Le temps de développement sera de 17 min et 36 secondes.

3ème film : augmentation de 20 % : (16 min : 100) x 120 = 19,2 –> Cela signifie de 19 minutes et 2/10 de min. Le temps de développement sera de 19 min et 12 sec.

4ème film : augmentation de 30 % : …. ect….

Lorsque vous atteindrez le 10ème film, celui-ci sera le dernier. Vous obtiendrez donc une augmentation de 90 % du temps de départ.

La préparation du Microphen en quelques photographies

Le Microphen est composé d’un sachet A et B
Je mets 70 cl d’eau dans une casserole à 40-50°
Je verse le sachet A dans mon eau chaude. Je dissous le produit en tournant dedans.
Je verse le sachet B du Microphen dans ma casserole
Je tourne pour dissoudre la poudre du sachet B
Le sachet B est bien dissout

Ensuite, je verse de l’eau froide pour atteindre 1 L. Je laisse reposer le Microphen « réserve » au minimum une grosse heure.