Impossible Project ou la renaissance des films Polaroid (Partie 1)

Dans l'usine - Impossible Project

En octobre 2008, un constat interpelant est mis en avant : l’intérêt des produits photographiques du Polaroid est constant et la demande est croissante. Ce qui pourrait sembler une bonne nouvelle pour ce type de procédé déchante lorsque que l’on apprend en parallèle la fermeture de la dernière usine de production de films Polaroid à Enschede aux Pays-Bas.

Le Polaroid n’est pourtant pas mort car trois hommes décident de se lancer dans le projet un peu fou de sauver l’usine et de relancer la production des films. Sauvé d’une mort certaine, ce média photographique vit un miracle dirigé par une poignée de passionnés. Polaroid n’a donc pas connu la triste de fin du Kodachrome qui s’est éteint malheureusement en décembre 2010.

Ce sauvetage est né d’une idée de Florian Caps. Il dirige un réseau de vente en ligne dont le crédo est majoritairement la vente de ce type de film. L’annonce de la fermeture imminente de l’usine de Enschede lui assure donc un avenir bien sombre en terme financier. Deux solutions se posent : mettre la clef sous la porte ou oser un projet totalement fou.

Nous avons rapidement convenu qu’il y avait une formidable opportunité de marché pour un nouveau film instantané.

L'usine de Impossible Project au Polaroid

Quelques semaines plus tard, Florian Caps prend connaissance avec André Bosman qui est le responsable de la production des films Polaroid. Tout est intact dans l’usine et la chaine de production est en bon état. Ils s’associent au troisième homme qui porte le nom de Marwan Saba dont les compétences tournent autour du développement financier. Le triangle est donc formé autour : du savoir-faire, de la passion et de la gestion financière.

« The Impossible Project » est né rapidement et un nouveau souffle prend vie à Enschede aux Pays-Bas. Certains diront qu’ils sont fous et d’autres crient à la victoire mais le nuage qui plane actuellement au-dessus de cette usine est clairement guidé par la passion, la clairvoyance, la folie, le doute et l’incertitude.

L’usine Polaroid a une superficie de 14000 m² et nos trois compères ont signé un bail pour 10 ans. Dix années pour prouver au monde photographique que le Polaroid existe toujours et continue d’innover. Les objectifs ne tournent pas seulement autour de la perpétuation des films instantanés mais bien d’innover les gammes existantes avec le savoir-faire et les matériaux contemporains.

Le défi est de taille car les composants passés ne sont pas tous encore fabriqués. Les normes environnementales ont changé en Europe, des produits n’existent plus et certains anciens procédés sont protégés par des brevets. La modernisation est donc obligatoire pour passer de l’état de chimie expérimentale à une solution qualitative en terme de rendu mais également financier pour Florian Caps, André Bosman et Marwan Saba.

C’est en mars 2010 que la firme « Impossible Project » annonce la sortie de son premier film monochrome portant le doux nom de « Silver Shade ». Celui-ci est réalisé avec 31 composants inédits. En Juillet 2010, des versions expérimentales couleurs sortent. Une version stable est disponible à ce jour. Cela n’exclut en rien l’amélioration des produits par la firme qui continue son travail et propose de nouvelles chimies. En effet, en juin 2011, la société proposera sur le marché une nouvelle émulsion du nom de « PX 680 color film ». Tout un programme donc !

Le phénomène du Polaroid est en pleine explosion depuis plusieurs années. En effet, les passionnés, les « people » ou les curieux de l’instantané sont de plus en plus nombreux et viennent rejoindre les rangs des irréductibles du Polaroid.

Seul le prix peut devenir un frein car nous verrons que les premières années de vie « The Impossible Project » reste un produit de luxe photographique en ce qui concerne l’achat des films mais cela est une autre histoire.

L'usine de "Impossible Project"

Article paru dans The New York Times par – Mardi 21 juillet 2009 / Traduction sur le site de Polaroid-passion.com

After Polaroid, Keeping Instant Photography Alive

En Juin 2008, lorsque l’usine de film Polaroid dans la ville néerlandaise d’Enschede ferma ses portes, cela sentait la fin pour l’une des innovations les plus ingénieuses et emblématique du 20e siècle.

Presque 60 ans après que l’inventeur américain Edwin H. Land ait vendu le premier Polaroid 95, à Boston en Novembre 1948, l’entreprise Polaroid ferma définitivement la production de films Polaroid. A ce moment là, la demande était encore relativement élevée – l’usine produisait encore 30 millions de films en 2007 et 24 millions au premier semestre de 2008, mais l’usine avait utilisé tout son budget, les composants chimiques nécessaires pour fabriquer son célèbre film instantané, et la décision de Polaroid de passer au numérique signifia qu’il était temps d’arrêter. Mais les stocks de film ne dureront pas longtemps et l’appareil photo Polaroid – l’appareil le plus populaire au monde, avec environ 1 milliard de vente – pourrait au final ne faire partie que du passé…

Quand l'impossible devient possible

Deux hommes, qui assistèrent à la cérémonie de clôture de l’usine avaient d’autres idées. Florian Kaps, un entrepreneur autrichien enthousiaste, et André Bosman, jusque-là le directeur de l’ingénierie de l’usine d’Enschede, se sont rencontrés par hasard lors de cette journée fatidique. Ensemble, ils ont décidé de trouver un moyen de ramener la photographie instantanée à la vie.
« Nous avons rapidement convenu qu’il y avait une formidable opportunité de marché pour un nouveau film instantané », se souvient Kaps, qui a changé de voie après l’obtention d’un doctorat de biologie pour ensuite rentrer dans le monde de la photographie. D’abord, il a travaillé comme cadre supérieur auprès de la Société Lomography, fondée à Vienne en 1992 pour relancer la production de l’appareil Russe, le Lomo, un boitier très basique qui a conquis quelques bobos de l’ouest après la chute du mur de Berlin.

Puis, il y a quatre ans, Kaps est tombé amoureux du Polaroid et a fondé une entreprise spécialisée dans la vente de matériel photographique instantané : Polapremium (anciennement Unsaleable). En partenariat officiel avec Polaroid, la société vend ses produits par l’intermédiaire du site web Polapremium.com, où les amateurs peuvent acheter appareils photos, accessoires et films Polaroid souvent introuvables.

En octobre 2008, Kaps, 39 ans, et Bosman, 55 ans, ont reçu 2,6 millions de dollars de capitaux privés et ont commencé ce qu’ils ont affectueusement appelé The Impossible Project, en vue de réinventer le traditionnel film polaroid. Ils ont fondé une société nommée Impossible, ont loué un petit bâtiment sur le site de l’usine Enschede, des machines de production et engagé neuf ex-employés de Polaroid afin de proposer de nouveaux films en noir et blanc et en couleur. Les nouveaux films auraient des caractéristiques uniques, mais tout en conservant le meilleur des films Polaroid, comme la forme carrée, le cadre blanc et l’odeur familière de la chimie. Depuis, l’impossible est devenu le très probable. « Il y a deux semaines, nous avons franchi cinq étapes importantes, raconte Kaps. Nous avons maintenant prouvé que c’était possible. »

Encore au stade expérimental, les photos instantanées d’Impossible ont un look qui rappelle les débuts de la photographie, « mais cela fera partie de leur charme », dit Kaps. Bien que la société soit toujours en négociation avec Polaroid sur l’utilisation du nom Polaroid, il leur a été permis de faire des films qui fonctionneront dans les appareils photo Polaroid. La production de film noir et blanc commencera fin octobre 2009, et si tout se passe comme prévu, devrait être disponible en masse pour Noël, « avant que les gens commencent à jeter leurs vieux appareils photo Polaroid », explique Kaps.

En 2010, la version couleur devrait arriver sur les étagères, le but d’Impossible étant de vendre 1 million de nouveaux films, dont les prix sont susceptibles de varier de 16€ à 20€ pour un film de 8 photos. La société prévoit que la demande dans le monde entier finisse par atteindre les 10 millions de films par an.

Polaroid passion est le site communautaire de l'instantané

S’appuyant sur son empire naissant, Kaps gère également Polanoid.net, la plus grande communauté Polaroid, et la galerie Polanoir à Vienne. Florian Kaps prévoit qu’un nouvel appareil photo instantané arrive sur le marché en 2010, qui sera construit par un partenaire (il ne veut pas révéler le nom). « Ce sera un appareil de qualité qui ne sera pas produit en masse, avec une bonne optique et une mise au point manuelle » dit Kaps.

Malgré la dominance du numérique, Kaps voit un avenir brillant pour la photographie ancienne. « De plus en plus de gens redécouvre la fascination du Polaroid » dit-il. Ils cherchent l’aventure analogique. Juste le fait d’ouvrir un film et de sentir l’odeur procurent une certaine sensualité. Et les photos ont une certaine valeur, à la différence des images numériques, où l’on prend 10.000 images d’un même événement.

Et il semble qu’il y ait encore un marché pour des photos instantanées. « Les appareils photo Polaroid et les films deviennent de plus en plus populaires auprès de nos clients, et nous avons été déçus lorsque nous avons découvert l’année dernière que Polaroid allait cesser la fabrication du film », dit John Buckle, directeur de librairie Photographers Gallery, à Londres. « Les gens aiment le look des photos Polaroid. Elles ont un look rétro avec de belles couleurs qui n’ont aucune comparaison avec le regard souvent fade de la photographie numérique. Les images instantanées sont aussi sociables, prévoyant le partage d’une photographie réelle plutôt qu’une simple petite image sur un écran. »

Jusqu’à présent, The Impossible Project a été accueilli avec enthousiasme par les fans de Polaroid, photographes d’art et les médias internationaux. « C’est incroyable », dit Kaps. « Si nous réussissons, cela offrira de belles perspectives. Nous ne sommes pas un projet artistique, ou une aventure de fous, nous voulons être une entreprise prospère pendant au moins 10 ans. »

Une photographie avec un Polaroid Sx 70 à visée reflex

Les différentes parties proposées dans ce dossier

14 réflexions sur « Impossible Project ou la renaissance des films Polaroid (Partie 1) »

  1. Allez sur http://www.photofolle.net/ (non ce n’est pas mon site) et vous trouverez ce qu’une de ces irréductible fait grâce au travail de ces illuminés. Un grand coup de chapeau à tous. Et merci pour cet article. Je me demandais comment on pouvait encore trouver des Pola. Maintenant je sais.

  2. Bonjour Gwenn,

    Tout d’abord un grand merci pour ton commentaire. J’ai pris le temps de consulter le lien que tu as cité et je dois reconnaître qu’il est très intéressant. dans mes favoris donc !
    Je suis content que ce petit article te permette d’y voir un peu plus clair au niveau du polaroid. N’hésite pas à partager ton travail avec moi, tes essais, erreurs et réussites évidemment !

    A très bientôt

  3. Bonsoir,
    Je ne touche pas au Pola moi, j’ai pas les sous 🙁
    Mais un jour je sais que je pourrais en faire moi aussi 🙂

  4. Bonsoir Gwenn,

    Oui tu as raison : faire du Polaroid à l’heure actuelle est une activité coûteuse. Trop coûteuse… J’espère par contre que les chimies vont évoluer car je ne trouve pas cela satisfaisant pour le moment. As-tu eu l’occasion d’essayer ?

Laisser un commentaire